J.-S. Bach : les gammes tempérées

J.-S. Bach : les gammes tempérées au service du génie créatif.

Deux concerts de musique baroque ont été donnés à l’amphithéâtre du lycée Le Corbusier en janvier 2021, en collaboration avec l’association AMIA (Amis de la Musique sur Instruments Anciens) et grâce au financement exceptionnel de la Région Grand-Est pour les actions culturelles dans les lycées.

Concert #1 : les tempéraments musicaux par Yuki Mizutani au clavecin.

Lundi 11 janvier 2021

Tout avait pourtant bien commencé : la musique accompagnait les humains de tout temps. Puis vint Pythagore qui étudia et théorisa les notes et accords : octave, quinte, quarte, tierce. Là encore, tout allait bien jusqu’à la Renaissance. Mais l’arrivée d’instruments à notes fixes (orgues et clavecins) vint mettre à mal la gamme pythagoricienne qui s’avère alors être erronée. Cette erreur, une fois mise en évidence de manière mathématique a ensuite été testée musicalement par Yuki Mizutani sur son clavecin. Le clavier supérieur étant accordé au tempérament mésotonique (système d’accord proche de la gamme pythagoricienne), elle a commencé à interpréter le prélude en do dièse majeur du second livre du « clavier bien tempéré » de J.S.Bach. Immédiatement les oreilles se sont crispées tant tout cela sonnait faux. En transposant un demi-ton plus bas, le prélude sonnait par contre de façon très agréable.

Si cet accord mésotonique ne permet pas de jouer dans toutes les tonalités, il a toutefois l’avantage de proposer pour chacune d’elles un affect différent : guerrier, amoureux, joyeux, furieux etc. En choisissant quelques extraits dans l’œuvre de Bach la claveciniste met aisément cela en évidence et nous permet de comparer notre ressenti aux descriptions qu’en donnent des compositeurs tels Charpentier, Rameau ou encore Mattheson.

Les gammes tempérées modifient légèrement l’accord mésotonique et permettent ainsi de jouer dans toutes les tonalités, tout en conservant le caractère propre à chacune. Sur le second clavier de son clavecin, accordé au tempérament Valotti, Yuki Mizutani a ainsi pu interpréter le prélude en do dièse majeur dans la bonne tonalité et sans que les oreilles ne se froissent.

Concert #2 : les Variations Goldberg par Anne-Catherine Bucher au clavecin.

Mercredi 27 janvier 2021

Œuvre absolument centrale dans l’histoire de la musique, les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach ont été présentées par Anne-Catherine Bucher. Avec une pédagogie remarquable, elle a su présenter et rendre abordable cette œuvre extrêmement complexe et mêlant tous les styles en vogue dans l’Europe du milieu du 18ème siècle : l’ouverture à la française (variation 16), du style italien (variations 3 ; 6…), la polonaise (var. 1) la gigue (var. 7).

Les canons qui constituent l’épine dorsale des variations Goldberg ont été présentés, avec l’explication de la signification de l’unisson, la seconde, la tierce etc. Les 14 canons supplémentaires figurant dans l’exemplaire retrouvé à Strasbourg ainsi que sur le fameux portrait de Bach par Hausmann ont également été abordés, ce qui donne l’occasion de montrer des formes encore plus complexes avec les canons en miroirs ou à motif contraires.

Bien sûr la présentation se concluait par le quod-libet (« ce qui vous plait »), véritable pot pourrit faisant intervenir pêle-mêle une chanson de taverne, une chanson d’amour, une chanson enfantine ainsi naturellement que l’air de basse des variations.

La performance d’Anne-Catherine Bucher est d’autant plus remarquable qu’elle alternait continuellement entre les explications et le jeu au clavecin demandant une concentration extrême. Les claviers diffusés en direct sur l’écran ont permis aux élèves présents de mieux cerner le jeu des mains ainsi que de découvrir les possibilités du clavecin (accouplement des claviers, jeu de luth).

Compte rendu par Philippe Woessner, professeur de Sciences de l’ingénieur