Dans le cadre d’un projet fictif, la nouvelle mairie du quartier du Schluthfeld souhaite accueillir les nouveaux habitant.es par une carte postale qui représente l’ambiance et l’identité du quartier par des choix graphiques. Elle renvoie à un audio qui rassemble des souvenirs, des témoignages d’habitant.es.
Pour ce faire, nous avons réalisé un outil de récolte qui permet d’enregistrer la parole des habitant.es pour ensuite créer une carte postale et le fichier audio.
Afin de mieux comprendre notre terrain et les enjeux s’y trouvant, nous sommes allés dans le quartier directement. Nous y avons rencontré les habitants, échangé avec eux sur leur quotidien et sur les points clés du quartier. Nous en avons également profité pour prendre des photos et des enregistrements afin de pouvoir analyser l’ambiance du Schluthfeld et donc mieux le représenter. Ces sorties nous ont mené à des lieux emblématiques ou des activités principales : nous avons pu discuter avec le propriétaire d’un café au centre du quartier, rencontrer sa mascotte (Neila, un chat promené tous les jours par son maître), ou encore constater les dégâts de l’incendie de la Maison Citoyenne.
Toutes ces informations ont fait l’objet d’un long et fastidieux tri par typographies, couleurs, institutions, dynamique de quartier… afin que nous y voyons plus clair sur notre sujet. Nous retenons alors un lieu calme et contrasté, avec cette idée du trajet : d’où viennent les gens, et où vont-ils ? Pour ainsi le représenter, quoi de mieux que la valise ? Symbole de voyage, de transport, elle attise également la curiosité et la poésie. A l’intérieur de cette valise se trouvera un téléphone fixe, avec l’inscription : “comment es-tu arrivé ici”. Cette question induit non seulement le “comment” du transport, par quels moyens es-tu arrivé ici, mais également au sens plus large, quelles sont les raisons qui t’y amène, que cela soit le banc sur lequel tu te trouves mais peut-être cette rue, ce quartier, cette ville, peut-être même ce pays… Et nous avons ainsi une approche très vaste, mais qui reste cadrée, et pouvons alors espérer des réponses qualitatives (trajet propre à chaque habitant) sans qu’elles ne nous soient d’aucun intérêt.

Croquis scénario/prospection
Nous avons remarqué une certaine peur lorsque nous établissons les dialogues, car oui, il peut être difficile de s’ouvrir ou de raconter un pan de sa vie à quelqu’un qu’on ne connaît pas. La valise offre cette possibilité de pleinement se livrer par l’introduction au téléphone : ce médiateur, dans nos souhaits, sert tant à enregistrer la parole qu’à donner une nouvelle question au prochain interlocuteur. L’expérience de l’habitant est ainsi plus intéressante et attrayante.
Afin d’expliquer notre démarche et également rendre visible notre outil, nous avons pensé à faire un drapeau aux couleurs de notre projet. S’incrira dessus les consignes d’usage, et cela permettra ainsi la complète autonomie de notre outil (bien que nous soyons présents aux côtés des habitants afin de fluidifier le dialogue et cadrer la réponse…)
En résumé, nous souhaitions proposer aux habitants du quartier du Schluthfeld un moment différent des projets de récolte de parole classiques. Non intimidant, facile à comprendre, amusant à répondre, notre outil est une petite parenthèse de vie dans le quotidien des habitants, tout comme l’est le quartier du Schluthfeld.
L’identité graphique :
Afin de coller à l’ambiance contrasté et large dans la temporalité du quartier, nous avons sélectionné une palette de couleurs et son utilisation que sont : un lila très pâle, un orange désaturé et plutôt sombre et un violet aubergine très noirci.
Le orange est choisi pour le rappel des couleurs chaudes trouvées un peu partout sur les murs. Il symbolise également l’aspect médiéval et le cliché du “vintage” que l’on retrouve dans l’architecture.
Le lila a été choisi pour son contraste avec le orange, la notion définissant pleinement l’ambiance du quartier. Il rappelle aussi la froideur du béton qui lentement s’invite dans les rues.
Enfin, le violet presque noir permet de réhausser, surligner les petits détails importants mais pourtant bien visibles et importants dans le territoire.
Pour la typographie :
Notre dévolu s’est jeté sur la Mouron Free, une typographie sans artifice, mais suffisamment travaillée pour donner du caractère à nos textes. Nous avons fait des tests très concluants avec les glyphes proposés, nous offrant une marge de créativité sans pareil.
Nos compositions, encore peu fixées à ce moment, ont cependant certains détails définis. En effet, selon la description du quartier énoncée juste avant, il nous semblait important qu’une notion d’hétéroclicité soit mise en avant à travers diverses formes géométriques de taille, de formes et de couleurs différentes. De ce fait, nous rappelons la diversité d’architecture et de public présents et évoluant dans le quartier, et créons de la vie dans notre composition.
Tout est croqué, rédigé, reste plus qu’à rendre réelles nos idées ! Démarre alors la phase de réalisation de notre projet. Pour réaliser notre outil, plusieurs éléments ont été fabriqués : le téléphone, le drapeau, la valise, l’annuaire et la structure.
Nous voulions à la base intégrer un code Arduino dans le téléphone pour enregistrer après la pression d’un bouton, finalement nous avons intégré un micro à l’intérieur du téléphone relié à un de nos portables qui permettait de démarrer l’enregistrement. Notre structure à partir de tasseaux permettait de fixer la valise et d’afficher le drapeau. Nous avons également tapissé l’intérieur de la valise pour l’intégrer à nos couleurs en ajoutant un annuaire avec des inspirations de questions, d’anecdotes à raconter.

Outil final et son activation à l’arrêt de tram du Schluthfeld
Nous avons testé notre dispositif 2 fois, lors d’après-midis ensoleillés. Le choix du lieu était décisif, nous avons commencé par nous installer proche de l’arrêt de tram et même s’il y avait beaucoup de passage les habitant.e.s ne pouvait pas nous accorder beaucoup de temps. Nous avons donc fini par nous mettre au carrefour d’une allée piétonne juste à côté d’une petite aire de jeu. Le lieu était très propice à l’interpellation des passant.e.s, et nous a permis d’obtenir une bonne vingtaine de témoignages. Nous avons discuté avec beaucoup plus de personnes mais l’un des freins majeurs que nous avons rencontré était la difficulté pour elles de trouver une anecdote. Elles ne se sentaient parfois pas légitimes, ou étaient impressionnées par les termes “anecdote” et “souvenir”.

Activation de l’outil : une habitante raconte un souvenir dans le combiné
Finalement, passé la frustration que provoquaient les refus, nous étions satisfaits de nos différentes interactions.
Voici les différentes propositions de cartes postales de notre groupe, compositions représentant le quartier, son ambiance et ses lieux emblématiques :



Et nos montages audios, synthèses des interactions que nous avons eu avec les habitants :