
Dans ce projet, nous avons choisi de réaliser une cartographie sensible du territoire à travers le centre de Strasbourg.
Notre carte ne représente pas la ville de manière classique (monuments, fonctions, axes), mais à travers les émotions et les sensations corporelles que ses espaces provoquent.
Le point de vue adopté est celui d’un corps qui traverse la ville. Strasbourg devient alors une succession d’expériences intérieures : des lieux apaisants, oppressants, ouverts ou fermés.
Notre intention était de rendre visibles des éléments invisibles sur une carte traditionnelle.
Cette cartographie montre que deux lieux très proches géographiquement peuvent produire des émotions totalement opposées.
Elle met en évidence l’impact constant de la ville sur le corps : la posture, le rythme de marche, l’état intérieur.
Ce n’est pas une carte pour se repérer, mais une carte pour comprendre comment on se sent dans la ville, à travers une expériences personnelle et sensible de Strasbourg.
Nous avons d’abord défini un périmètre : le centre de Strasbourg, afin de concentrer notre observation sur un territoire cohérent et dynamique.
Nous avons ensuite sélectionné certaines structures clés, représentatives des zones de passage.
Les données récoltées n’étaient pas géographiques, mais sensibles : sensations, émotions et perceptions de l’espace.
Ces structures ont été représentées, imprimées, découpées et décalquées sur un grand support afin de créer une base cartographique simple, sur laquelle nous avons superposé une lecture émotionnelle.
Le principal critère de sélection des lieux était le flux : nous avons choisi les espaces les plus fréquentés, là où le mouvement et la présence humaine sont les plus forts, car ce sont eux qui génèrent le plus de ressentis émotionnels.
Nous avons également fait plusieurs choix importants :
– assumer la subjectivité comme donnée principale,
– privilégier le ressenti du corps plutôt que l’importance historique,
– simplifier la base cartographique pour laisser place à l’émotion.
Pour la retranscription, nous avons choisi un langage plastique plutôt que cartographique.
Les couleurs traduisent les émotions dominantes, les dégradés montrent leurs nuances, et les formes autour des structures expriment des sensations d’ouverture, de pression ou de fluidité.
La transparence permet la superposition des émotions, comme dans l’expérience réelle.
L’aquarelle a été choisie pour sa capacité à traduire la subtilité et la nuance des ressentis.
Ainsi, cette carte se ressent plus qu’elle ne se lit : Strasbourg apparaît comme un paysage émotionnel perçu à travers le corps.
Nous sommes ensuite passés à la mise en couleur à l’aquarelle. Le premier résultat ne correspondait pas à nos attentes, car les couleurs étaient difficiles à maîtriser.
Nous avons donc recommencé le travail : redécalquage de la carte, tests de différents gestes, dosages d’eau et de pigments. Nous avons aussi changé de papier pour un support plus adapté à l’aquarelle, ce qui a nettement amélioré le rendu.
Ces essais, parfois infructueux, nous ont permis de mieux comprendre la technique et d’améliorer progressivement notre projet.
Plusieurs références nous ont inspirés. Le travail de Batchou nous a aidés à réfléchir à la représentation graphique d’une ville.
Le jeu Micro Macro nous a influencés dans la lecture globale de l’espace et l’attention portée aux détails.
Enfin, les coloriages géants de OMY nous ont donné envie d’utiliser la couleur de manière plus libre et ludique, tout en gardant une cohérence visuelle.