Espèces d’espaces / Mathilde

“L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque pars, ou que ça éclate, ou que ça cogne.  Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espaces. Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le ré-inventer (trop de gens bien attentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre environnement…), mais de l’interroger, ou plus simplement encore, de le lire; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie.”

extrait du livre Espèces d’espaces, Georges Perec.

 

C’est à partir de ces constatations faites par Perec et de notre notion d’espace disloqué et déformé par la conjoncture que s’est développé notre projet de cartographie sensible.

Nous avons suivi les 13 laps d’espaces de Perec, pour relire les nôtres :

La page

Pour la cartographie de la page j’ai choisi de représenter par un gif les mots d’une page que l’on retient lors de la lecture d’un texte, au début les mots disparaissent lentement pour représenter la première lecture, puis plus rapidement et ne laissent place qu’aux mots qui ont retenu mon attention. Enfin, ils se regroupent et les plus importants grossissent.

 

 

Le lit :

Espace individuel du corps, le lit est par définition l’endroit où l’on dort. Celons des calculs précis, j’ai déjà passé 6,3 ans de ma vie à dormir. Finalement que ce passe-t-il pendant ce laps de temps, de quelles manières nous nous mouvons pendant notre sommeil ? Qu’est ce que cela donnerait, si nous laissions trace de notre sommeil rien qu’une nuit ?

 

 

 La chambre

J’ai choisi de faire la cartographie des chambres dans lesquelles j’ai principalement vécu. Elle représentent à chaque fois un passage d’une période à une autre (qui est symbolisé dans cette carte par des plantes).

 

L’appartement

Que j’ai dû quitter en cette période de confinement… Grâce à mes souvenirs j’ai essayé de l’écrire à nouveau, en faisant l’inventaire de ce que l’on trouve dans chaque pièce (en m’inspirant de Perec qui s’assoit dans un café pour décrire ce qu’il voit de façon détacher). Le gif représente les pièces qui apparaissent et construisent ensemble l’appartement dans ma mémoire.

 

L’immeuble

 La rue

Le quartier

J’ai choisie de représenter mon quartier en un dessin à la ligne noir. Chaque taille de bâtiment/lieu est proportionnel à la fréquence du temps que j’y passe.

La ville

La campagne

Pour moi, elle renvoie directement au lieu de mon enfance, dans le village où j’ai grandi. Il m’est facile de décrire ce village, ces spécificités, son paysage ainsi que ses habitants, puisque j’y ai passé pratiquement toute ma vie. J’y ai été scolarisé, j’y ai fait du sport en club, de la peinture, j’y ai passé mon code, puis mon permis… Cette cartographie en quatre parties représente dans un premier temps une description neutre et purement factuelle (forêts, champs, habitations), puis petits à petit s’immisce dans l’intimité de mes souvenirs qui sont liés de manière intrinsèque à la première carte. Cette liaison est représentée par ce gif qui petit à petit s’accélère et donne une impression d’ensemble.

 

Grâce à ces slides, tu peux regarder et comprendre les légendes :

 Le pays

 

— L’Europe
— Le monde

 L’espace