Un photographe de guerre au CDI

« Le pire dans une guerre, c’est si personne n’en parle (…) Le seul moyen de stopper cela c’est de le montrer ». Les journalistes risquent leur vie pour nous informer, pour nous permettre de savoir ce qui se passe, de prendre des décisions, et d’agir…

Campagne vidéo RSF 2016

Patrick Baz est reporter photographe de guerre.
De passage à Strasbourg pour le Forum Mondial de la Démocratie durant lequel il présentait son exposition « Grandir dans la guerre » * Place Kéber, il nous a rendu visite avec son confrère Stéphane Magnien ainsi que Caroline Pastorelli de Reporters sans frontières. Grâce au Club de la Presse Strasbourg Europe et au CLEMI Strasbourg, les C2IS2, les C2SMC et les 1PIMS ont ainsi eu la chance de les rencontrer et d’échanger avec eux pendant deux heures, mardi 8 novembre, au CDI du Lycée Le Corbusier d’Illkirch.

La guerre, il l’a « dans la peau » raconte Patrick Baz aux élèves qui sont venus nombreux l’écouter et lui poser des questions sur son métier. Pourquoi ? Parce qu’il n’avait que douze ans quand elle a commencé à déchirer le Liban, son pays natal, et qu’une fois devenu jeune adulte « il a préféré porter en bandoulière un appareil photo plutôt qu’un pistolet-mitrailleur ». Il a alors couvert la première Intifada en 1989 pour l’Agence France Presse (AFP), puis les nombreux autres conflits qui ont secoué la planète : la première guerre du Golfe en 1990, le Kurdistan en 1991, la Somalie, l’enfer de Sarajevo en 1993… Après avoir été directeur photo de l’AFP pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, il témoigne aujourd’hui régulièrement de son expérience auprès du grand public comme auprès des professionnels des médias, pour contribuer à défendre la liberté de la presse dans le monde.

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« Mais vous n’aviez pas peur ? » lui demandent les élèves. Patrick Baz leur répond que la peur le tiraillait bien sûr, mais que la mission d’un journaliste c’est d’informer, et pour lui, en tant que reporter photographe, c’est surtout de montrer, de « faire voir », au risque de mettre sa vie en danger. Une photo, relativise-t-il, n’a évidemment jamais suffit à stopper une guerre, mais elle contribue au débat. Elle témoigne et fait prendre conscience d’un événement dans le reste du monde, elle pousse alors les gens à s’interroger, à s’insurger, à agir !

Qu’est-ce que l’AFP ? A quoi sert Reporters sans frontières ?  Dans quelles conditions les journalistes travaillent-ils en zone de guerre ? Pourquoi sont-ils devenus des cibles ? Et comment arrivent-ils pourtant à fournir des reportages alors que les bombes explosent autour d’eux ?… Stéphane Magnien, qui a aussi été sur le terrain et travaillé quant à lui pour la télévision, a su trouver les mots simples et les anecdotes significatives pour expliquer tout cela aux élèves. Pour leur faire comprendre la nécessité d’une presse indépendante et libre de travailler partout dans le monde, mais surtout l’importance que la jeunesse n’ait de cesse de chercher à s’informer, de s’ouvrir au monde et de s’intéresser à l’actualité !

Passant en revue quelques unes de ses photos, Patrick Baz a également pris le temps de décrire le contexte de prise de vue de chacune d’entre elles :  le pays et le moment précis du cliché bien sûr, de quelle manière il avait réussi à capturer « le moment » mais surtout de quoi cela lui avait permis de témoigner… Il leur a parlé de son matériel argentique des années 90 mais aussi des connexions satellitaires qui facilitent aujourd’hui l’envoi des images à une rédaction. « Non, pas de retouche ! » a-t-il rétorqué aux élèves qui se sont inquiété d’éventuelles manipulations à l’aide du logiciel Photoshop, avant de leur rappeler la déontologie qui guide le métier de journaliste. Il leur a aussi raconté la patience et parfois la chance sur laquelle il a fallu compter, mais, très humble, il ne s’est jamais attardé sur le courage dont il a forcément dû savoir faire preuve. Cela n’a cependant pas échappé aux élèves, qui, admiratifs et reconnaissants, ne parlaient que de cela en sortant du CDI…

Laetitia Ory, professeur documentaliste 

* Exposition « Grandir dans la guerre : sous l’oeil de Patrick Baz » : Des moments de vie saisissants, à découvrir Place Kléber jusqu’au 10 novembre dans le cadre du Off du Forum mondial de la Démocratie. Images et plus d’infos >>

Image de couverture  :
« L’appareil d’un photographe espagnol blessé, couvert de sang au 15ème étage du Palestine hôtel de Bagdad ». 8 avril 2003. Patrick Baz/Agence France Presse.