BàbbleKit — Synthèse de projet

Suite à la conclusion de mon mémoire, où la nécessité de matérialiser et outiller les pratiques dialectales est devenue une évidence, j’ai cherché à faire de ce constat la base de ma démarche de recherche en proposant l’hypothèse que le design social, par l’action et la matérialisation de la langue et de sa culture, permettrait un apprentissage décomplexé et adaptable des dialectes alsaciens. Afin de mener à bien ce projet, j’ai décidé de mettre en place un partenariat avec le Centre culturel alsacien, avec qui j’avais préalablement travaillé pour mon atelier outillé, puisque la structure accueille des ateliers d’apprentissage de l’alsacien auprès de publics variés.
Le projet se découpe en 2 phases orientées autour de la question des ateliers en alsacien, une phase plutôt sur le contenu des ateliers, et une phase sur la structure des ateliers.
Étape 1 : Kit de collecte


Cette première expérimentation est une phase de collecte, ou l’objectif était, entre autres, de mettre les apprenant·e·s dans une posture active en les envoyant collecter de la matière première en alsacien ou des éléments qui leur serviront de sujets de conversation lors des ateliers, mais également de vérifier si le fait de parler de soi ou de sujets familiers permet de faciliter l’usage d’une langue qu’on apprends.
Pour mener à bien cette activité, les participant·e·s se munissent d’une pochette composée de différentes cartes illustrées servant d’activateur de la langue. En suivant la nomenclature de chaque cartes, ils doivent collecter (individuellement ou en groupe avec d’autres membres de l’atelier) divers éléments (photographies, enregistrement audio, texte, vidéo, dessin..) répondant aux consignes des cartes (“Photographie quelque chose ou quelqu’un que tu croises tous les jours”, “Dessine 3 membres de ton entourage”, etc) en alsacien.
Ces récoltes sont ensuite récupérées par l’animateur·ice afin de les réinjecter dans des activités menées lors des ateliers en alsacien.
Étape 2 : BàbbleKit



Afin d’accompagner l’animateur·ice dans le déroulé de son atelier, j’ai fabriqué une mallette pédagogique qui est également un tableau modulable (une face perforée pour la présentation, une face velleda aimantée pour la réflexion), composé d’outils (aimants, matériel de jeu, de création, de présentation) à déployer au fil des activités proposées dans un livret pédagogique. Les activités du livret pédagogique s’articulent autour de 3 pédagogies différentes : La mise en récit (pédagogique de Célestin Freinet), l’interaction et l’échange (pédagogique institutionnelle des langues vivantes) ainsi que le divertissement (pédagogie par le jeu), et abordent plusieurs niveaux de maitrise de la langue/ plusieurs compétences liées aux usages de la langue.
Analyse

Lors des tests de mes expérimentations, j’ai pu observer que l’étape de collecte individuelle, par sa forme semi-directive, permet l’activation de la langue sous différentes formes (écrite, orale, etc) et thématiques tout en laissant la liberté de l’interprétation personnelle de chacun·e. En faisant émerger l’elsässisch des vécus et récits personnels des apprenant·e·s ils deviennent ainsi acteur·ice dans le contenu des ateliers, favorisant une horizontalité dans les dynamiques de classe. De plus, fait de parler de sujets personnels a, en grande majorité, permis aux participant·e·s de parler ou réfléchir à des thématiques qu’ils n’ont pas l’habitude d’aborder en alsacien. Lors de cette activité et de par l’absence d’un·e guide (designer ou animateur·ice) les apprenant·e·s sont davantage dans une posture de recherche et d’autodidaxie, il serait néanmoins intéressant de tester l’activité avec des collectes groupées, afin de voir si celles-ci feraient évoluer les réponses et la dynamique de classe (plus d’entraide, des résultats plus harmonisés, etc..) Sur la deuxième étape du projet, le fait de manipuler et se servir des objets à permis d’établir une ambiance ludique et une posture de jeu et d’expérimentation chez les participant·e·s, cependant, j’ai pu constater quelques limites au niveau des outils qui se révélaient être plus contraignants qu’autre chose lors des tests. Dans le futur, il serait préférable d’assouplir les règles d’usage des outils afin qu’ils accompagnent les activités sans les enfermer dans des usages trop contraignants.
Conclusions :
Le design social, en faisant émerger le contenu des ateliers et en accompagnant l’apprenant·e dans une posture active et ludique, s’avère capable d’influencer les rapports à l’apprentissage afin de rééquilibrer les dynamiques de classe, dynamiser le cours et lever les inhibitions des non-alsacien·e·s sur leur rapport à la langue et la culture alsacienne en offrant des activités inclusives. Le livrable final est constitué du kit dans sa globalité, ainsi que de modes d’emplois afin de pouvoir reprendre et renouveler le kit de manière autonome selon les besoins des usager·e·s.
On peut conclure que ce projet démontre l’importance du design social comme outil d’accompagnement à l’apprentissage pour les auto-formés à la pédagogie et les structures alternatives d’enseignement. Cette initiative propose les prémices d’une démarche ouverte et participative à la question de l’enseignement d’une langue étrangère, fondée sur l’échange, l’expérimentation et l’inclusivité des apprenant·e·s et de leurs histoires et pratiques respectives.