Fabriquons demain ! – Synthèse de projet

Comment rendre les personnes d’avantage actrices de leur environnement direct ?
C’est la question que je me suis posée après avoir écrit un mémoire sur le pouvoir des imaginaires collectifs dans la mobilisation face aux enjeux climatiques. A l’issue de ce mémoire, il est apparu que je souhaitais travailler sur le passage à l’action. Je me demande alors si les méthodes du design fiction et du design participatif permettent l’empouvoirement des usagers dans l’accompagnement d’une mobilisation collective à l’échelle d’un quartier ou d’une ville.

 

Présentation du terrain
Pour mener à bien ce projet, j’ai choisi de travailler avec le Centre socioculturel (CSC) Fossé des Treize, implanté dans le quartier de la Laiterie. J’ai choisi ce CSC car il organise des Café des Habitant·es : un temps de 2h le mardi et le vendredi à destination des adultes, pour venir discuter, boire un café, jouer au baby foot, passer du bon temps ! C’est donc sur ce temps que mes ateliers ont eu lieu. Ce Café des Habitant·es présente l’avantage d’être un lieu de rendez-vous pour un groupe de personnes qui ont du temps et qui sont sensiblement les mêmes d‘une semaine à une autre, deux éléments idéaux pour mener ce projet de quelques mois.

Présentation des usagers
Il était important pour moi de travailler avec des adultes pour deux raisons principales : sur la question de l’imagination, de la projection, ce sont souvent les adultes qui ont des difficultés à sortir des sentiers battus. Deuxièmement, parce que ce sont les adultes qui sont en position de pouvoir, qui ont la capacité de faire changer les choses dès aujourd’hui. 

Idée du projet
L’idée de mon projet est d’amener les usagers à se questionner sur le quartier en vu d’en devenir acteur·ices : en identifiant des points de tension dans leur quartier et en encourageant l’utopie, je tâcherai d’insuffler une dynamique de projet et d’empouvoirement chez les usagers

Première étape – DIAGNOSTIQUER

Le but de cette première étape est de prendre contact avec les usagers et d’identifier les enjeux propres au territoire de la Laiterie. Pour cela, j’ai conçu une carte sensible que les usagers ont complété en fonction des endroits qu’iels fréquentent dans le quartier.

> 4 types de lieux, 4 drapeaux :

  • les lieux où je fais mes courses
  • les lieux où je jette mes déchets
  • les lieux où je me sens au calme
  • les lieux où je fais des rencontres 

Dans un second temps, les usagers sont invités à préparer une balade photo dans le quartier à l’aide des quatre phrases suivantes : 

  • ce qui me révolte
  • ce qui me réjouit
  • dans 30 ans, il faudrait que ça n’existe plus
  • dans 30 ans, il faudrait que ça existe encore

Résultats de la balade

=> Cette étape a permis de mettre en valeur certains enjeux propres au quartier tels que les déchets et l’insalubrité ou encore le partage de l’espace public entre cyclistes, piétons et automobilistes.

Ici, j’ai cherché à amener les usagers à conscientiser les points de tension dans leur quartier. Dans la suite du projet, j’essaie d’outiller la mobilisation.

 

Deuxième étape – IMAGINER

Pour cette étape, j’ai décidé d’analyser les images avec les usagers. L’idée est d’utiliser les photos pour déclencher de la discussion et introduire la notion de récit et de fiction. J’ai choisi de ne garder que les photos “Révoltes” car elles mettent d’avantage en mouvement et suscitent plus d’échange entre les usagers.

=> J’ai introduit une nouvelle typographie suite aux retours de la carte sensible, car son aspect très précis et détaillé a créé de la distance avec les usagers. Il m’a plusieurs fois été dit “c’est beau, j’ai peur de l’abîmer”, ce qui rend l’outil peu appropriable alors même que c’était l’un de mes objectifs. Je souhaitais également me rapprocher de l’esthétique de la lutte, c’est pour ça que j’ai choisi de travailler une typographie réalisée au pinceau.

=> Retravailler les photos a permis aux usagers, notamment celleux absent·es lors des précédents ateliers, de s’approprier les matériaux. En étant, pour une fois, en position de concepteur·ices de l’espace public, les usagers ont pu, en quelques coups de crayons, amorcer une prise de pouvoir.

Quelques résultats des dessins sur les papiers calques 

=> Les envies qui ressortent et seront à l’origine de la suite : égayer et végétaliser le quartier. Ramener de l’humain et du lien social dans leur quotidien.

Troisième étape – SE PROJETER

Pour cette troisième et dernière étape, j’ai souhaité mettre les usagers en situation : imaginez que vous créez ensemble une association citoyenne pour mener des projets dans votre quartier. Qu’est-ce que vous souhaitez voir advenir ? Comment vous vous organisez ? Et surtout, à quoi ça ressemble ?

Pour cela, j’ai collecté des exemples de projets similaires menés par des associations, des mairies ou des collectifs de designers pour les inspirer et les outiller dans la conception de LEUR projet. Par la suite, les usagers ont échangé et ont pu identifier les acteurs clés de tels projets. Et enfin, à l’aide d’un photocollage participatif, iels ont pu représenter ce à quoi iels voudraient que cela ressemble.

 

 

 

 

 

Seul·es quelques participant·es, mais très impliqué·es, qui ont beaucoup échangé et ont proposé des choses intéressantes : envie de jardin collectif, dont les légumes cultivés seraient distribués à des personnes précaires ou réservés aux bénévoles qui se sont investis. Ce qui ressort aussi est d’avoir des espaces libres pour passer du temps, par exemple des tables de pique-nique.

=> Un atelier plus laborieux : il s’agissait du premier en collectif , car il était important pour moi que l’étape des cartes suscite de l’échange. Seulement, il m’a parfois été difficile de maintenir le cadre ou de m’imposer lorsque certaines personnes monopolisaient la parole. Ma posture de designer était à affirmer. Néanmoins, la mise en situation permet aux usagers de se positionner, de réfléchir concrètement à ce qu’iels souhaitent pour leur quartier. C’est déjà un pas vers l’empouvoirement.

il manque tes grilles d’observation

Conclusion sur le projet dans son ensemble

Je pense avoir beaucoup mis en pratique le design participatif, ce qui m’a permis d’être au plus près des enjeux du territoires et des usagers. La présence du design fiction reste perfectible : elle est amorcée à travers l’étape 2 (les calques) et 3 (le photocollage) mais mériterait d’être approfondie. Si ce projet se poursuivait, je pourrais par exemple rendre tangible et approfondir les propositions des usagers, puis les installer dans l’espace public afin de créer de la rencontre et susciter du débat autour de ces propositions. Qui serait invités à ce débat pour que le projet prenne de l’ampleur ? Il en va de même pour la question de la mobilisation collective : il est difficile de dire si ce projet a mobilisé les usagers, néanmoins il a posé des jalons et des pistes de réflexions dont les usagers et/ou le CSC Fossé des treize pourrait se saisir, si tel est leur souhait !

 

Charlotte Grenier