Synthèse de projet

Dans un contexte où les étudiants manquent souvent de temps, de moyens ou de motivation pour cuisiner, je me questionne sur la manière dont la cuisine peut devenir un levier d’autonomie, de bien‑être et d’alimentation durable. Mon projet, mené avec VRAC Strasbourg, repose sur une hypothèse :

Et si expérimenter ensemble le plaisir de cuisiner permettait d’adopter une alimentation plus équilibrée et durable ?

Cette réflexion prend forme en utilisant le design culinaire pour en faire un projet de design social. Pour cela, j’ai collaboré avec VRAC, une association qui facilite l’accès à une alimentation saine et choisie, et j’ai animé des ateliers à La Recyclerie, un lieu de distribution proche du campus. Ce projet s’adresse aux étudiants qui quittent pour la première fois le foyer familial et découvrent la nécessité de se nourrir par eux‑mêmes.

Pendant 4 mois, j’ai imaginé et testé 2 expérimentations. La première, Mon portrait culinaire, s’inspire du jeu du portrait chinois et invite les participants à explorer leur identité alimentaire à travers quatre pôles sensoriels : la texture, l’odeur, la couleur et le goût. Les étudiants composent une assiette à partir de fruits et légumes de saison, puis goûtent leur création avant d’échanger sur leurs choix. L’atelier révèle que beaucoup se fient à une “image mentale” de ce qu’ils pensent aimer, plutôt qu’à leurs goûts réels, et qu’ils sont souvent surpris par leurs propres associations. Cette expérience montre que mieux connaître ses préférences sensorielles peut aider à varier son alimentation et à comprendre ce qui procure du plaisir, un élément essentiel pour tendre vers un équilibre durable. J’ai aussi conçu des pièces en céramique (permettant de compartimenter les différents aliments afin d’avoir une place importante pour les féculents, puis une place pour les crudités, une place pour la sauce, et enfin une place pour l’épice : cette assiette permet d’avoir un plat (végétarien sur cette expérience) équilibré pour un repas du soir.)

La deuxième expérimentation, La cartographie des bons plans, propose une carte géante et comestible de Strasbourg permettant aux étudiants d’identifier leurs lieux d’achat, de comparer leurs habitudes et de découvrir des alternatives : marchés, épiceries solidaires, magasins bio ou groupements VRAC. À travers un jeu de mise en situation, les participants discutent de leurs pratiques, de leurs contraintes et des possibilités qui s’offrent à eux. L’objectif n’est pas de transformer radicalement leurs habitudes, mais de les sensibiliser aux circuits courts, au vrac, au local et au bio. Puis, après avoir participés à l’atelier et mangés les éléments de la cartographies, les étudiants sont invités à repartir avec un dépliant afin de comparer les prix, les labels et les provenances.

Une troisième expérimentation, imaginée comme une série de mini‑jeux culinaires pour créer un menu de saison en groupe, devait être menée avec Les Petites Cantines. Cette piste s’inscrit dans la continuité du projet : rendre la cuisine ludique, collective et accessible. Elle permet d’apprendre des astuces afin que les étudiants apprennent à cuisiner de manière équilibrée et durable.

Ces ateliers montrent que le collectif facilite l’engagement, que la cuisine peut devenir un espace de découverte et de plaisir, et que le design culinaire peut jouer un rôle essentiel dans l’alimentation durable. Pour permettre à VRAC de s’approprier le projet, j’ai imaginé un mode d’emploi complet comprenant les scénarios d’usage, les recettes, la carte, les dépliants, les documents numériques et des pistes pour reproduire les pièces en céramique avec des artisans locaux. L’objectif est de proposer un dispositif simple, adaptable et reproductible, qui valorise les créateurs et créatrices du territoire.

Enfin, pour pouvoir analyser ces ateliers, j’ai pu récolter les données en enregistrant les participants, ainsi qu’en prenant des photos pour capturer les informations intéressantes. Tout au long, j’ai été accompagné pour prendre des notes via une grille d’observation conçue pour l’atelier. De plus, j’ai adopté une posture d’accompagnatrice et d’observatrice lors des deux premières expérimentations.

Ce projet démontre qu’en proposant des ateliers sensoriels, participatifs et accessibles, il est possible d’accompagner les étudiants vers une alimentation plus consciente, plus variée et plus joyeuse. Le design culinaire devient alors un outil pour transformer les pratiques alimentaires, non pas par la contrainte, mais par l’expérience, la créativité et le plaisir partagé.