L’objectif
Récolter et observer les relations que les participants entretiennent avec les sciences (maths, physique, biologie, et chimie).
Étudier les mécanismes de réflexion, et les questionnements des participants face à un “objet curiosité” (objet qui met l’usager face à un problème qu’il doit résoudre).
Le contexte (où, quand et pourquoi ces choix)
Mon Terrain
Je souhaite exercer mon projet dans une médiathèque. Ce lieu m’est intéressant car je cherche un public qui n’est pas directement intéressé par les sciences, soit un public varié. De plus, les médiathèques sont aménagées de différents espaces (lecture, travail, salle fermée, etc. ) et organisent divers événements (exposition, atelier, accompagnement, projection, etc.). Mon projet pourrait possiblement explorer différentes manières d’apprentissage que l’on retrouverait dans la médiathèque et donc inciter les usagers à se permettre d’y assouvir leur curiosité.
Le matériel et le type de documentation (grille d’observations, notes, audios)

- objet de curiosité 1: Puzzle de Pythagore
- objet de curiosité 2: eau de choux & pH
- objet de curiosité 3: Homme de tenségrité
- porteur de parole
- carte postale & stylo
- tampons émotions
- encreur
- grille d’observation
Ma posture de designer (quel rôle, quel type de designer vous êtes à ce moment)
- Dans la première partie d’échange avec les participants, j’opte pour une posture de designeuse-accompagnatrice. Ici, j’essaie de poser des questions qui pourraient les aider à se rappeler des souvenirs, à identifier ce qui a influé sur leur vision actuelle des sciences. Il s’agit d’amener les participants à détailler au maximum leur point de vue.

étape1
- Dans la deuxième partie, j’adopte la posture de designeuse-facilitatrice. Il s’agit d’aider les participants à formuler à haute voix leurs observations et leurs questionnements.

étape 2
- J’opte à nouveau pour la posture de designeuse-accompagnatrice, cherchant avec eux les termes qui définissent le mieux leurs ressentis.

étape 3
Le déroulé de l’atelier (scénario, étapes)
1.a. Le designer engage la discussion à partir de la phrase “À ce qu’il paraît c’est pas sorcier !”. Il s’agit d’échanger autour du rapport du participant aux sciences, ainsi qu’autour de ses souvenirs liés à l’apprentissage des sciences.
1.b. Le designer et le participant retranscrivent ensemble leur discussion (dans les grandes lignes) sur une carte postale qui est ensuite affichée sur le dispositif.
Les objectifs de cette étape
Cette étape permet de d’identifier ensemble quels ont été dans leur parcours, les situations rencontrées (positives ou négatives) qui ont influencé leur relation aux sciences.
2.a. Le participant choisit un “objet de curiosité” parmi les 3 proposés
2.b. Il le manipule et tente d’atteindre l’objectif qui lui est fixé.
2.c. L’observateur prend des notes de ce qui est fait et dit par le participant à partir du support de prise de note.
Les objectifs de cette étape permet d’observer :
- Le processus de réflexion que les participants mettent en œuvre (leurs questionnements, l’organisation logique de leur pensée, les constats qu’ils tirent d’une expérimentation…).
- Leur capacité d’engagement dans l’expérience (combien de temps ils y passent, s’ils abandonnent ou non, et si oui, après combien de tests…).
3.a. Une fois la manipulation terminée, le designer échange avec le participant autour de l’évolution de son rapport aux sciences pendant l’atelier.
3.b. Ceci est retranscrit avec un tampon émotion (plaisir, fascination, frustration, ennui, indifférence, colère, du malaise, de la nostalgie) sur la carte postale de la phase 1.
Les objectifs de cette étape:
Après cet atelier, l’objectif est d’observer si ce parcours les a fait s’interroger et si leur sentiment a évolué.
L’analyse des résultats
Les verbatims
“Je peux toucher ?”
“je sais pas si je peux tout mettre, si ca va marcher”
“j’ai fait ça au lycée !!”
“Est ce qu’on doit lâcher?”
“Toutes les sciences ne sont pas intéressantes”
“il faut l’accrocher où?”
“Hmm…le bon vieux casse tête”
“Est ce que si on le met là ça marche mieux”
“J’aime pas faire ça moi”
“Ah! Peut-être la somme des carrés!”
“Il faut qu’il vole comment?”
“On a le droit?”
“Plongé c’est volé?”
“Je vais essayer de m’en sortir”
Durant la manipulation, la plupart des participants hésitent.
Lors des observations, les participants demandent souvent l’autorisation de manipuler les objets. Est-ce le fait d’être observé ou le fait qu’ils aient peur de manipuler les objets ?
Sur les 10 personnes qui ont manipulés, 8 personnes ont vite dépassés les 1 minute. Ce qui témoigne sans doute d’un plaisir de manipuler et de chercher une manière de répondre à la consigne.
5 personnes sur les 10 personnes qui ont manipulé ont choisi l’objet de curiosité 3 (la couleur d’un jus de chou à modifier) en premier.
Pour justifier leur choix, iels mentionnent souvent les couleurs attractives de l’objet. Globalement, c’est donc l’aspect ludique de l’objet qui invite le participant à l’utiliser.
Lorsqu’on leur demande sur quoi iels se sont interrogés les participants répondent de la manière suivante :
4 personnes ne se sont posé aucune question. Face à l’objet, la manipulation était immédiate et instinctive.
2 personnes ont tout de suite compris la logique propre à la manipulation (sans doute grâce à leur travail car l’une était chimiste et l’autre ingénieur).
1 personne s’est demandé comment cela fonctionnait et a émis une hypothèse qui s’est avérée juste.
Les 3 personnes restantes ne se sont posées aucunes questions, mais ont été en difficultés face aux manipulations.
Globalement, c’est surtout le fait de manipuler qu’apprécient les participants.
Conclusion
Les objectifs étant de connaitre la relation que les participants entretiennent avec les sciences mais aussi d’étudier les mécanismes de réflexion et de questionnements des participants face à un “objet technique de curiosité”. Les résultats observés révèlent plusieurs tendances significatives concernant leur engagement, leurs blocages et leurs modes d’investigation :
- degré d’engagement : le principal type d’engagement actif
- blocages / freins : les principaux sont les méthodes pédagogique ou le contexte social, c’est à dire s’iels ont ou non des proches dans le domaine scientifique
- démarche d’investigation : le taux de réussite est lié au temps passé. En effet, le temps que les participantes avaient à dispositions limitaient plus ou moins leurs possibilité de test et notamment d’atteindre l’objectif.
Globalement, les participants vont au bout de la tâche lorsque l’objectif est unique et perçu comme accessible, comme dans le cas d’un puzzle à résoudre. En revanche, face à des problèmes perçus comme trop complexes ou sans issue claire, ils ont tendance à abandonner plus tôt. La présence d’enfants durant l’atelier a favorisé une dynamique collective : les participants verbalisent davantage leurs questions et expliquaient leur raisonnement en temps réel, transformant l’exercice en une recherche partagée et verbalisé (ce qui aide à la métacognition).
La manipulation concrète des objets s’est avérée centrale. Avec les verres à moitié remplis, par exemple, le désir de mélanger et d’expérimenter a parfois pris le pas sur le protocole initial, révélant un plaisir sensoriel immédiat. Cependant, la difficulté à reproduire une expérience de manière méthodique a également été notée : peu ont cherché à tester à nouveau ou à varier les paramètres de manière systématique.
Enfin, le choix et la perception de l’objet jouent un rôle déterminant. Le bonhomme de tenségrité, jugé intimidant ou trop abstrait, a été évité dans un premier temps. Mais une fois la manipulation engagée, les participants pouvaient s’y investir pleinement, même si la peur initiale de la complexité limitait souvent la persévérance.
Cet atelier confirme ainsi que la curiosité est intimement liée à la clarté de l’objectif et au sentiment de compétence perçu. Il met également en lumière l’importance du cadre social et de la manipulation tangible pour libérer la parole et encourager l’investigation. De plus, le fait de verbaliser ses actions transforme le geste en pensée consciente. En mettant des mots sur ce que l’on est en train de faire, on passe d’une manipulation instinctive à une compréhension réfléchie de sa propre démarche. Cette extériorisation permet non seulement de prendre du recul sur son action, mais aussi de mieux se l’approprier : ce qui n’était qu’un mouvement devient une intention, une hypothèse, un raisonnement que l’on peut ajuster et partager.
En général, les gens ne sont pas à proprement parler fâchés avec les sciences. C’est plutôt une sorte de distanciation, “voir une dissociation par rapport à l’image qu’iels ont des sciences”. La curiosité les pousse à expérimenter, mais ne les amène pas nécessairement à s’interroger sur les raisons de ces principes physiques , chimiques ou mathematiques.