Le travail commence par une promenade de découverte avec Enzo Jugieau, membre du Collectif de la Rousserolle, du nom d’un petit oiseau présent sur la friche, qui a la particularité d’enregistrer les chants de ses voisins pendant les 2 ou 3 premiers mois de son existence, avant de les rejouer le reste de sa vie. On comprend alors un territoire et ses enjeux écologiques, en relation avec les infrastructures et les pollutions, ce qui en fait un contact par l’expérience de ce qu’on peut appeler l’anthropocène.
Nous sommes sur l’Île-aux-Épis, port du Rhin, à Strasbourg. Nous observons les câbles, les infrastructures, les lieux, les data-center, et ce que nécessite ici le monde matériel de la créativité artificielle. C’est une source primaire de documentation, non médiée. La récolte sur le terrain par des formes protocolaires permette de toucher à la récolte de données par des pratiques sensibles et individuelles.

Le lendemain a lieu la découverte de l’outil numérique de collecte de données, encore vierge. La posture prise est celle d’un·e travailleureuse de la data qui doit avant tout prendre un outil qu’on lui met dans les mains pour comprendre son fonctionnement puis l’implémenter. Le poids des données, le lien de la récolte et son impact matériel sont abordés. Un processus de rendu, permet d’aborder ce que la collecte, ici collective, va saisir du travail individuel. L’outil numérique transforme ainsi les collectes de données. Un dernier saut technique par l’impression thermosensible joue de cette interprétation.
La fiction, amenée dès le début du travail prend ici une nouvelle dimension. Au fur et à mesure, une sorte d’escape game apparaît. La dimension ludique est augmentée. Un personnage absent tire les ficelles, c’est B-A-BA-IA.GA qui joue avec les participantes à un jeu collectif. Des rituels sont demandés, amenant à quitter l’ordinateur, à effectuer des tâches idiotes, à donner volontairement des données et informations personnelles. L’enjeu des protections de données et l’asservissement volontaire sont ainsi abordés dans les enjeux sociaux du numérique de la data.
Enfin, B-A-BA-IA.GA joue le rôle de l’algorithme génératif à partir de tous les fragments récoltés. Une mise en poème est proposée. Ceux-ci sont répartis dans les groupes pour une performance, incluant mise en scène et mise en son. Les transferts se font de technique en technique, par des changements de médias entre le numérique et la performance corporelle.
Un dernier retour sur le terrain nous amène à redonner un objet de création et non plus en prélèvement et extraction.
Il ressort de tout ce processus une forme hybride d’arts appliqués au terrain, entre jeu de rôle, documentaire ludique, création visuelle et performance sonore.
Nous terminons en montrant comment des designer s’emparent des sujets des natures urbaines et des méthodes pour en faire un sujet de recherche de doctorat en design, ainsi que d’ouvrir la boîte noire, en expliquant et en donnant accès au code de programmation des outils réalisés spécifiquement pour le workshop.
Synthèse de l’atelier, avril 2026
Un atelier proposé par Nicolas Couturier et Camille Morin
avec la participation de Margaux Crinon.
Mars-Avril 2026








