“Parce que c’est comme ça” – Mémoire

Le contexte

Dans une société où les découvertes scientifiques et les innovations technologiques rythment l’actualité et transforment le quotidien, un paradoxe persiste : une grande partie des adultes entretient un rapport de distance, de défiance ou de désintérêt à l’égard des sciences. Cette défiance se manifeste concrètement par la prolifération des infox, la persistance du climato scepticisme, ou encore le regain d’intérêt pour des pratiques ésotériques éloignées des méthodes scientifiques. Par « sciences », ce mémoire désigne précisément les sciences dures – ou sciences de la nature – telles que la physique, la chimie, la biologie ou les mathématiques. La science est un ensemble de connaissances empiriques, théoriques et pratiques sur le monde naturel[réf. nécessaire]. Ces connaissances sont produites par des scientifiques qui mettent l’accent sur l’observation, l’explication et la prédiction de phénomènes du monde réel . Bien que la notion de science recouvre un spectre plus large incluant les sciences humaines et sociales, cette restriction volontaire permet de se concentrer sur le rapport que le public adulte entretient avec un champ de savoir souvent perçu comme le plus abstrait, normé et techniquement inaccessible.

 

La question de recherche

Est-ce que cette non envie de faire des sciences est du au fait d’avoir trop appris tout au long de sa jeunesse? Est-ce dû à une mauvaise expérience d’apprentissage des sciences à l’école? ou encore, à la surabondance d’informations ne nous permettant pas de distinguer le vrai du faux? J’ai l’intuition que le design, discipline qui met en forme des idées et rend accessible/agréable un environnement, peut jouer  un rôle majeur : Je l’utiliserai comme un outil de médiation et de création permettant de réconcilier les citoyens à la science.

Ce mémoire se propose donc d’explorer les racines de ce détachement pour mieux en déduire des pistes de réconciliation. 

Vos constats (observations terrains), vos recherches théoriques, vos études de cas et comment elles ont fait bouger votre question de recherche

Lors de mon atelier outillé, il a été dit que le fait d’avoir un parent scientifique qui répondent à toute ses questions type “pourquoi le ciel est bleu”, continuer à se poser des questions et chercher à y répondre devient de plus en plus naturel. Le contexte socio spatial reflète des différents profils des habitant·es, lors de mon premier atelier à Illkirch j’ai eu beaucoup de jeune parent mais aussi de scientifiques (chimistes, biologiste, infirmié·ère) tandis qu’à la médiathèque du Neudorf les profils étaient largement plus varié ( enseignant·e, avocat·e, chocolatier·ère). Ce facteur est aussi à prendre en compte car il constitue aussi un environnement de socialisation et donc d’absorption de données. 

La culture scientifique se forme par mimétisme social mais se forme également par les représentations construites par les médias ( les jeux, les séries, les publicités…). Cette élévation du domaine scientifique est renforcée par des  représentations stéréotypées  très ancrées dans la culture quotidienne.

Il est arrivé à quelques reprises que certains scientifiques lient leur recherche avec des notion des la culture populaire: tels que le Pochitaserra ou encore le Dracorex  et le Vaderlimulus. Ce choix n’est pas anodin, les chercheurs ont tenté d’établir à établir un lien marquant entre le domaine sérieux de la paléontologie et de la culture populaire. Martín Chávez, chercheur à l’université de conception au Chili, co-auteur de l’étude, souhaitait, par l’infiltration de certaines icônes issus de la culture populaire, rendre accessible et attrayante la paléontologie. Il dit “Ce nom est aussi une manière de lier la science au storytelling moderne, de mettre la lumière sur le savoir grâce à la culture populaire, dont les mangas”.

L’idée de lier les sciences à ce qui est commun n’est pas nouvelle. Les séries MacGyver l’illustrent bien. Il est bien plus facile de retenir un principe physique ou chimique quand on observe qu’elle peut sauver des vies. La série accroît cette culture du DIY grâce à ses multiples solutions en système D et  démystifie la science. Vues comme utiles et amusantes, la chimie, la physiques ou les maths sont rendus accessibles avec des objets du quotidien.

L’emploi de bien tangible ou intangible commun permet de rappeler l’accessibilité de la science mais surtout son intérêt qui est de comprendre, par la recherche méthodique, la définition d’hypothèses et leurs vérification, ce qui nous entoure.

Et si la médiation s’attachait plutôt à  valoriser les « Little Sciences » ou « Sciences Impures »  ? Ces pratiques, fondées sur des  phénoménologies empiriques et expérimentales  (jardinage, bricolage, observation naturaliste), méritent d’être reconnues comme des formes de science à part entière.

 

Vos constats finaux et votre problématique

La fin des études marque souvent un désintérêt pour la compréhension du monde et une perte de curiosité scientifique, pour deux raisons principales : d’une part, un environnement social et culturel qui présente la science comme un domaine distant et stéréotypé ; d’autre part, une construction économique qui segmente et hiérarchise les individus, valorisant l’expertise cloisonnée au détriment de la curiosité transversale. Face à ce constat, le défi n’est donc plus simplement de « mieux expliquer », mais de reconcevoir les conditions de la rencontre entre les individus et les savoirs.

Ce travail a ainsi cherché à répondre à la problématique suivante :
Comment le design peut-il, par la démarche expérimentale, accompagner les adultes à réinvestir leur curiosité scientifique sur le monde qui les entoure et en faire des citoyens éclairés?

Vos pistes de projets

Mon projet reposera sur la nécessité d’ouvrir une perspective « scientifique » accessible à tous, à l’image d’une perspective artistique. Il s’agit d’en faire un outil quotidien permettant à chacun d’interroger son environnement et ses certitudes, et de retrouver un pouvoir d’agir. En reconnaissant et en légitimant les savoirs empiriques issus de l’expérience, le design peut répondre simultanément au sentiment d’illégitimité cognitive et à la défiance culturelle, en réconciliant les publics avec une pratique scientifique incarnée et accessible.

Pour répondre à la problématique, deux pistes complémentaires se dessinent. La première vise à déconstruire l’imaginaire stéréotypé de la science en s’appuyant sur des formes de médiation issues de la culture populaire et de l’espace public. Inspirée par les méthodes de l’éducation nouvelle qui associent investigation et loisir, cette approche cherche à désacraliser la figure du scientifique et emprunter l’univers de la culture populaire. La seconde piste s’attache à révéler la présence insoupçonnée de la démarche scientifique dans les gestes du quotidien comme cuisiner, bricoler, observer, afin de la banaliser et de la rendre familière. En s’inspirant d’une pratique de design orientée vers la résolution de problèmes concrets, à la manière du projet Problem solving de Trees Merx, où il sera question de concevoir des outils permettant d’identifier, de documenter et de partager ces « moments scientifiques ordinaires ». Et d’en faire ensuite une sorte de répertoire, d’encyclopédie de micros-pratiques scientifiques. Ensemble, ces deux orientations, l’une jouant sur les représentations, l’autre sur les pratiques, pourraient participer d’un design de médiation émancipatrice, dont l’objectif ultime est de réactiver, chez l’adulte, une curiosité active et un pouvoir d’agir sur le monde qui l’entoure.

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