Comptes rendus d’atelier.

Raconte ton Quartier

Premier atelier réalisé à l’école Guynemer de Strasbourg ce 19 janvier 2018.
Cet atelier est prévu pour une dizaine d’enfants, âgés de 6 à 10 ans.
Pour ce premier atelier, je souhaite tester les moyens de raconter une histoire de manière visuelle, comme une manière d’imaginer du scénario.
Dans le cadre du temps périscolaire en primaire, les téléphones portables sont interdits aux élèves. Il est donc compliqué de les faire filmer sans matériel professionnel de cinéma. Cependant il est possible de leur faire créer de l’image. J’ai cependant pu constater que l’école où a eu lie l’atelier est assez souple et nous avons pu filmer avec mon téléphone.
Je propose un sujet assez simple mais qui reste ouvert pour laisser une liberté d’expression aux enfants : raconter son quartier.
L’idée initiale est de proposer aux enfants de créer une histoire en petits groupes de 2 ou 3, en utilisant des illustrations que j’ai conçues en amont. Le but est de construire un décor et de choisir des personnages, en piochant dans les illustrations, pour raconter son histoire.
Ensuite, chacun se répartit les rôles dans le groupe, celui qui cadre (avec des visionneuses pour mimer l’écran d’un téléphone) et celui ou ceux qui font les acteurs. Ensuite les groupes filment l’histoire créée, en utilisant les illustrations.
J’ai décomposé l’atelier en étape afin d’aider à son déroulement :
1. faire des groupes de 2 ou 3.
2. choisir un personnage
3. construire le décor
4. raconter le quartier avec le personnage et le décor
5. répartir les rôles : qui joue ? qui cadre ?
6. jouer l’histoire

 

 
Cartes créées pour décrire l’atelier.

 

Je travaille à l’école avec un groupe de 8 filles, dont les âges semblent aller de 6 à 10 ans. Je leur présente l’atelier et dès le départ, chacune se met seule pour créer et raconter son histoire. Aucune n’habite dans le même quartier, j’essaie de voir s’il est possible de faire des groupes mais elles refusent.
Chaque enfant commence par choisir un personnage puis construit son décor. Je leurs propose des feutres afin qu’elles puissent s’approprier les illustrations. Je me rends vite compte que cette étape leur plaît beaucoup, elles se mettent à colorier leur personnage pour qu’il leur ressemble, à colorier les immeubles…
Laury et Cécile, les deux étudiantes de mon groupe de travail qui m’accompagnent, participent aussi à l’atelier. Je réalise que certaines n’ont pas compris le but de l’atelier. Il est vrai que j’ai donné toutes les consignes rapidement et de manière confuse. Il serait peut-être plus constructif de proposer un atelier plus simple, ou avec des étapes intermédiaires.
Pour de prochains ateliers, il faudra prévoir un temps où j’explique plus simplement et où je m’assure que les enfants ont bien compris l’atelier, quitte à les faire réexpliquer à leur manière ou à le simplifier.
Je leur explique que leurs productions seront filmées mais pas elles. Elles semblent soulagées de ne pas passer devant la caméra. Je ressens aussi qu’elles bloquent au niveau de l’histoire. Je leur propose alors des pistes en discutant avec elles : parler de quelque chose qu’elles aiment, qui leur manque dans leur quartier ou encore une anecdote rattachée à ce lieu ou des personnes qui y vivent…
Laury propose une histoire et je réalise l’importance de l’exemple pour débloquer la création. Partir de rien peut être déstabilisant.
Je les laisse finir leurs décors et leur propose de revenir la semaine prochaine pour continuer l’atelier et filmer leurs histoires. Elles sont toutes partantes pour continuer, ce qui est très motivant.
Une des filles commence à raconter une histoire. Nous faisons plusieurs tests ensemble, d’abord en la filmant en train de raconter son histoire, puis en la faisant bouger ses personnages, puis en la laissant filmer. Certaines lacunes ressortent de ces premiers essais de film.
Premièrement, il est trop compliqué de gérer le film et l’animation des personnages par une seule personne. Cela peut bloquer les enfants. Il faut aussi proposer un espace dédié à la prise de vue.
La prochaine fois je ramènerai un statif pour fixer le téléphone afin de tester un premier temps où les enfants n’ont qu’à gérer les personnages dans un cadre fixe, et où elles peuvent filmer seules.
Puis un deuxième temps où celle qui raconte l’histoire filme et les autres enfants animent les personnages. Cela permettra de voir comment s’effectue la collaboration et comment chacun réagit à son rôle.
Je prévois aussi des exemples de films avec les réalisations de Laury et Cécile à montrer en début d’atelier. Ce sera le moyen de voir si un exemple leur permettra d’oser faire, de tester et de jouer avec le matériel proposé ou bien de copier l’existant.

 

 

 

 

 

Photographies des ateliers du 19 et 26 janvier 2018 à Guynemer, prises avec mon smartphone.

 

La suite le 26 janvier 2018.
Seulement 5 petites filles sur les 8 reviennent à l’atelier la semaine suivante : certains professeurs sont absents donc certains enfants sont rentrés chez eux. L’une d’elles ne veut pas continuer et préfère participer à l’atelier d’Élisa, une autre de mes collègues étudiantes, juste à côté.
J’ai installé un endroit spécifique pour le tournage du « film ». Il y a un bras pour tenir le téléphone, il est face à la fenêtre pour avoir une bonne lumière et éloigné des autres enfants. Celle qui raconte l’histoire peut être tranquille, un peu à l’écart, car les filles sont assez timides et n’osent pas se lancer de peur d’être jugées. Laury montre l’exemple que nous avons tourné la veille, avec le même dispositif.
Je leur propose deux manières de procéder : soit en laissant le téléphone fixe, sur le bras, et en bougeant les personnages, soit en bougeant le téléphone et ce sont les étudiantes qui bougent les personnages.
L’une des petites filles est très motivée et raconte plusieurs fois son histoire, en la changeant, en ajoutant des personnages et des lieux. Elle essaye différentes manières. Une, plus timide, raconte son histoire une fois. Une autre en raconte une mais veut en faire une autre avec de nouveaux personnages. Nous, les étudiantes, les accompagnons et les encourageons quand elles filment. Nous les invitons à venir plusieurs fois pour filmer et expérimenter.
Certaines filles viennent s’ajouter et testent d’autres manières de filmer. Elles bougent le téléphone et veulent voir ce que ça donne. Elles expérimentent beaucoup.
Certaines petites filles veulent continuer mais c’est la fin de l’atelier. Je leur demande si elles ont des téléphones ou des tablettes chez elles. Certaines disent oui, elles pourront continuer chez elle.

« Oui, je vais continuer chez moi, en plus j’ai un grand téléphone ! » dit Kelva.

Elles souhaiteraient me montrer leur films la prochaine fois.

« On pourra avoir les films qu’on a fait ? » demande Habiba.

Je vais transmettre les films à Fathia, responsable du périscolaire, pour que les filles puissent les récupérer et les montrer !

 

Vidéo réalisée par Habiba.

 

Vidéo réalisée par une fillette dont je n’ai pas eu le nom.

 

Une des vidéos réalisée par Lindsay, qui a été très prolifique.

 

Ne pas être face à la caméra et avoir un support de narration, les illustrations, ont permis aux enfants de raconter des histoires très personnelles sans être directement impliquées dans l’image. Cet atelier démontre comment l’image peut permettre une certaine liberté d’expression. Cela n’a pas fonctionné avec toutes les petites filles, mais certaines se sont vite prises au jeu ! Il aussi très encourageant qu’elles souhaitent continuer par la suite !

Atelier 1 – Caméras aux Poings

Cet atelier est mené à la Station le 3 mars 2018, il est décomposé en deux parties. Voici la description des deux ateliers.

C’est quoi être militant ?
Cet atelier propose de faire une carte mentale collective sur ce que c’est être militant et se questionner ensemble sur le contenu des futurs films. Je propose diverses questions qui peuvent être complétées par les participant-e-s afin de réaliser cette carte mentale. Quand les participant-e-s apportent leurs réponses sur des encarts « bulles », nous essayons ensuite ensemble de faire des liens entre ces différentes réponses pour en faire ressortir des éléments similaires. Il s’agit aussi d’un moyen de proposer des idées ou même des ébauches de scénario(s).
Moyens à bord, moyens du bord.
Cet atelier propose de réaliser un inventaire collectif des besoins pour faire un film et de répertorier le matériel à disposition, à l’endroit où est réalisé l’atelier, pour répondre à ces besoins. L’idée est de voir aussi quels outils sont à disposition dans le lieu. D’abord avec les participant-e-s nous définissons les besoins ensemble sur de grands encarts. Le principe est ensuite de trouver le matériel qui peut répondre à ce besoin. Selon le matériel physique trouvé, il est possible de faire des croisements, car certains outils peuvent répondre à plusieurs besoins. Ensuite, il est proposé d’archiver sur des fiches les besoins et le matériel trouvé sur place.

 

 

Mise en place de l’atelier du 3 mars 2018 à la Station. Photographies prises avec mon smartphone.

 

C’est la première fois que je teste à la Station ce genre d’atelier de réflexion. Mais c’est aussi la première fois que je teste ces ateliers.
D’abord, je présente mon projet pour informer les participant-e-s et nous commençons par la partie réflexion sur être militant ensuite nous nous occupons de la partie inventaire des besoins et du matériel. Je commence les deux séances en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses, mais que des bonnes idées.

Groupe 1.
Séance prévue de 14h à 16h, qui a fini vers 15h30.
Participant-e-s : Luanda, Cindy et Anna (Benjamin en observation et moi animatrice)
Luanda est la gérante, la coordinatrice et la salariée de la Station, elle a participé à l’atelier afin de l’évaluer et de pouvoir faire un retour pour ajuster les dates et les horaires.
Cindy est une jeune bénévole et ancienne stagiaire à la Station. C’est elle qui m’avait accueillie la première fois que je suis venue. Nous avons passé une semaine de stage ensemble.
Anna est une adhérente que je n’avais jamais vu avant. Elle est arrivée il y a environ deux mois à la Station.
Cindy et Luanda se prêtent bien à l’exercice, pour la première partie comme pour la seconde partie de l’atelier. Elles savent sur quoi portent mes études et mon projet, donc elles ont déjà potentiellement des idées au moment de venir à l’atelier. Elles écrivent et dessinent.
Anna est plus compliquée à gérer, elle a du mal à comprendre l’atelier, semble être là par dépit ou sans vraiment le vouloir. Elle monopolise aussi la parole à un moment, reste sur son discours sans vraiment faire attention à la construction collective de l’atelier. Elle passe aussi d’un sujet à l’autre. Comme Benoît Labourdette l’avait évoqué lors de l’entretien, certaines personnes sont plus compliquées à gérer, comment les laisser s’exprimer sans qu’elles prennent toute la place. C’est aussi une bonne expérience pour moi, de voir sur quel type de personnalité il est possible de tomber.
Nous faisons ensuite des liens entres les différentes idées émient pour voir les réponses qui se recoupent mais aussi celles qui divergent.
Nous passons ensuite à la deuxième partie, le démarrage est difficile, j’ai du mal à faire comprendre le principe de l’atelier à Anna. Finalement, Cindy, Luanda et Anna travaillent ensemble pour cet atelier, j’essaie de les aiguiller sur des besoins. Certains sont « matérialisables » comme capter mais d’autres comme l’équipe sont rédigés. Je voulais croiser les besoins et le matériel, pour rendre compte visuellement que certains outils pouvaient répondre à plusieurs besoins. Mais il y avait trop peu d’objets et elles ont plutôt choisis de mettre plusieurs « étiquettes » besoin sur un même outil. Finalement cela revient au même car on voit bien que certains outils sont multi-fonctions. Utiliser le téléphone portable pour filmer ou éditer n’est pas une évidence contrairement à ce que je pensais.

 

 

 

 

 

 

 

Photographies de l’atelier du 3 mars 2018 à la Station. Photographie : B. Cotten.

 

Je leur parle aussi de possibilité de filmer avec le téléphone en tourner-monter avec la fonction pause et de logiciel libre pour l’édition disponible sur ordinateur ainsi que téléphone portable.
Finalement, en fin d’atelier, je leur propose de filmer avec leur téléphone ce que nous avons créée ensemble. C’est sur l’idée de Cindy de prendre des photos et de les mettre sur Facebook que je propose cela. Anna est partie faire une pause, elle ne revient pas, je m’en doutais. Cindy et Luanda ont filmé toutes les deux. Je regarde le film de Cindy et nous regardons ensemble celui de Luanda.
Je me rend-compte que c’est une manière de leur faire expérimenter des principes évoqués pendant la deuxième partie de l’atelier comme le tourné-monté tout en faisant un compte-rendu de l’atelier. Cela permet de garder une trace, personnelle car filmée d’une certaine manière. Je me dis qu’il faut aussi prendre le temps de regarder les films de fin d’ateliers car cela met en valeur les participants et permet d’expérimenter, de commencer à pratiquer. La Station a un vidéo-projecteur, nous pouvons donc visionner les films des participant-e-s. Mais ça sera pour la prochaine session.

 

Vidéo réalisée par Cindy.

 

Vidéo réalisée par Luanda.

 

Groupe 2.
Séance prévue de 16h à 18h, qui a fini vers 17h40
L’annonce de cette seconde séance s’est faite tardivement. Le vendredi 2 mars, en fin d’après-midi, je montre à ma maître de stage, Luanda, ce que j’ai préparé pour l’atelier. Après un moment avec la présidente, elle propose de faire une seconde session dans la journée du samedi, car j’ai préparé beaucoup de supports et elle trouve dommage s’il n’y a pas beaucoup de monde.
Participant-e-s : Léo, Estelle, Célia, Justyna (+ Luanda en supervision + Benjamin en observation + moi animatrice)
Léo est un nouvel adhérent et bénévole, qui est réalisateur de métier et d’origine russe. Il proposera courant mai et juin des ateliers de films plus « traditionnels » pour le mois des Visibilitées.
Célia et Estelle sont deux bénévoles qui s’occupent de la permanence médiathèque à cet horaire et se sont jointes à l’atelier sur le moment.
Justyna est une adhérente, je l’ai déjà vu une fois pour une réunion du pôle 45 ans et +.
D’abords seul Léo et Justyna sont présent-e-s pour l’atelier. Célia et Estelle, qui s’occupent de la permanence médiathèque qui a lieu en même temps que l’atelier, se joignent finalement à celui-ci. Au début, elles semblent le faire par solidarité mais finalement elles participent bien à l’atelier.
La carte se fait dans un silence relatif. Léo, qui n’écrit pas très bien le français, écrit en anglais. Justyna, aussi d’origine russe, est un peu bloquée au début et butte sur certaines questions, je prends le temps de lui expliquer. Célia et Estelle répondent sans problème à toutes les questions, prennent plus de temps pour certaines ce qui est aussi normal. Les participant-e-s n’échangent pas beaucoup entre eux pendant l’écriture. Mais au moment de faire les liens, même si le démarrage est un peu difficile, le groupe interagit plus. Je laisse Léo faire les liens.
Pour la seconde partie il y a aussi plus d’interactions. Lors de la transition d’une séquence à l’autre, Estelle et Justyna décrochent, mais reviennent ensuite. Les besoins dégagés sont plus intangibles, mais importants. Les participant-e-s classent les besoins dans l’ordre de production, sous l’impulsion de Léo : préproduction, tournage, post-production et la diffusion.
Je parle de nouveau du téléphone et du tourné-monté. Les participant-e-s semblent aussi tou-te-s découvrir cette fonction, même Léo. Il-Elle me confie plus tard qu’il-elle ne filme quasiment jamais avec son téléphone. Ces séquences ont commencé à faire émerger des idées, notamment du coté de Célia.

 

 

 

Photographies de l’atelier du 3 mars 2018 à la Station. Photographie : B. Cotten.

 

Quand vient la fin de la séquence, je leur propose d’expérimenter avec leur téléphone en filmant le résultat de l’atelier. Justyna n’a pas pris son téléphone, je lui propose le mien. Elle décline l’offre mais reste à observer les autres filmer. Elle reste d’ailleurs jusqu’à la fin pour voir les films même si elle en profite pour se balader dans la médiathèque. Nous projetons ensuite tous les films réalisés à tous les participant-e-s. Malgré quelques problèmes techniques, nous arrivons à tous les voir. Les films sont tous différents. Les participant-e-s sont satisfaits et semblent aussi attendre la suite.

 

Vidéo réalisée par Estelle.

 

Vidéo réalisée par Célia.

 

Vidéo réalisée par Léo.

 

Constats et ajustements.
L’atelier était plus studieux que je ne l’imaginais, les participant-e-s parlaient assez peu entre eux au moment d’écrire.
Certaines étapes n’ont pas été réalisées, comme les croisements besoins et matériels.
Peut-être les besoins dégagés étaient intangibles, plus sur l’écriture ou l’équipe, et moins focalisés sur le matériel, comme je le pensais. Cela n’a pas empêché de faire aussi ressortir quelques besoins qui impliquent du matériel. Je pense que c’est pour cela que faire des croisements étaient moins pertinents.
À voir si je garde cette étape ou pas. Peut être garder cette étape dans une trame possible, mais la garder comme élément facultatif.
Réactualiser les fiches ateliers : ajouter le moment de film à la fin, où je propose de filmer les cartes mentales collectives et si possible montrer ces films.
Finalement, le format fiche atelier est peut-être trop rigide pour la souplesse que j’aimerais donner à mon projet, surtout en ce qui concerne le déroulement des ateliers.
Ajouter aussi que certaines étapes sont à ajuster selon les groupes de travail, qu’elles ne sont pas indispensable, c’est une trame générale, pas une notice gravée dans le marbre.
Pour une prochaine date, plutôt proposer le samedi après 16h pour avoir plus de personnes.
À voir s’il y aura plus de personnes hors vacances scolaires.
Il serait intéressant de tester cela sur un groupe plus grand, pour voir si certaines séquences durent plus longtemps. Le tester dans un milieu non-militant, comme en périscolaire pourrait aussi être riche et apporter d’autres interrogations ainsi que d’autres formes de réponses.

 


suite…