Épilogue

Le temps de mettre les caméras aux poings

 

 

Visuel pour la communication des ateliers et base de l’identité graphique de mon projet. J’ai choisi de me concentrer sur les couleurs rouge, blanche et noire ainsi que l’esthétique du « fait à la main ».

 

Vers le projet et la place du designer.
La place du designer dans cette démarche de pédagogue peut paraître délicate à trouver, voire illégitime. Le designer n’est pas un pédagogue, mais il peut accompagner la pédagogie ou la réinterroger en proposant des outils et des approches inédites.
Cependant, en tant que designer, je pense qu’il est possible d’apporter des outils, qu’ils soient graphiques, des objets comme des kits d’atelier ou des dispositifs mobiles. Avec B. Labourdette nous avons longuement échangé sur ses ateliers et mes futurs ateliers. Il en est ressorti l’importance de l’expérience utilisateur, une expérience qui allait instaurer un climat de confiance dans le groupe de travail.
Ainsi, j’ai réfléchi et prototypé des outils afin de favoriser l’expression et de la valoriser, qu’elle soit personnelle ou collective. À travers mon projet de design, je souhaite inciter les usagers à porter leur voix à travers le film, une voix différente de celle portée par les médias plus traditionnels, de montrer que cette voix mérite d’être entendue. De plus, j’insiste pour que les usagers se détachent de l’esthétique des films « officiels », ils n’ont pas à calquer le système professionnel, leurs films n’ont pas à ressembler à des productions hollywoodiennes comme le note très justement Matt Thrift. Certes, il existe des règles dans le cinéma, mais faut-il vraiment passer par l’apprentissage théorique alors que la pratique peut permettre de réaliser ou découvrir ces règles de manière plus instinctive et empirique? Le langage cinématographique est un langage comme un autre : à force de le pratiquer, nous sommes capables de l’assimiler, de nous l’approprier, puis de jouer avec.
D’où l’importance dans mes futurs dispositifs d’avoir la possibilité de confronter son expression à un public et de pouvoir visionner son travail dans la foulée, afin d’en relever les forces, les faiblesses et les points à améliorer. L’important est de prendre conscience de ce que nous portons, de créer et de le montrer.
D’où la mise en œuvre d’outils collaboratifs, comme des cartes mentales collectives que j’ai pu tester lors d’un atelier à la Station et qui ont permis de dégager des ébauches de scénarios.

 

 

 

Photographies de l’atelier du 3 mars 2018 à la Station. Photographie : B. Cotten.

 

J’envisage aussi de ré-exploiter des principes comme ceux de la Mash-Up table , conçue par Romuald Beugnon et utilisée dans des ateliers proposés dans le cadre de l’éducation à l’image, pour faire du storyboard collaboratif en se détachant des modèles classiques et pour des personnes qui ne savent pas spécialement dessiner. Ce dispositif permettrait de créer une histoire ensemble et la retranscrire de manière visuelle dès le départ.

 

 

Photographies d’ateliers Mash-up, avec la Mash-up Table, 2013-2018, du site mashuptable.fr. Photographie : R. Beugnon et P-A. Vigor.

 

Prendre en compte la projection, comme outil de travail, mais aussi comme une finalité des films réalisés, fait partie intégrante de ma démarche de design. Les participants doivent pouvoir visionner collectivement le travail réalisé. Je compte aussi proposer des ateliers pour concevoir le moment de la projection avec les usagers, en proposant l’organisation de micro festivals. Mon travail va surtout porter sur la conception d’ateliers et la transmission de méthodes pour les réaliser. L’expérience utilisateur est au cœur de mes préoccupations. Pour cela, je vais proposer des trames générales pour que chacun puisse s’approprier les méthodes. L’idéal serait que les usagers puissent enrichir ces méthodes au fil des ateliers et partager ensuite leurs pratiques.
Même si ce n’est pas le cœur du projet, je pense que proposer quelques aides techniques pour filmer peut être constructif. Ces aides seront conçues dans l’optique de créer, de servir l’expression et pas comme une fin en soi. Elle sera minime et axée sur la « débrouille »
Je souhaite que mes outils de design traduisent esthétiquement et formellement cette approche plus instinctive du cinéma, plus amateure, hors du système professionnel, ainsi que la volonté de générer de l’expression engagée et militante. C’est dans cet esprit que je vais orienter ma pratique du graphisme tout en lui donnant une couleur explicitement militante.
Riche de ces expériences et ces recherches, je vais continuer à expérimenter sur les différents terrains, comme en périscolaire, ainsi que sur moi-même, afin de pratiquer pour mieux faire pratiquer par la suite. Apprendre en faisant est ma devise. S’affranchir des règles pour mieux les (re)découvrir par la pratique.
Me concentrer sur un outil, le smartphone, me permet de proposer des pratiques spécifiques, mais aussi d’inclure le plus d’usagers possible. Même si créer avec un smartphone n’est pas une évidence pour tout le monde.
Je vais continuer mon projet, tantôt avec la Station, tantôt en me projetant avec la Maison des Jeunes Citoyens de Schiltigheim pour 2019, afin développer des outils de médiation. Je souhaite transmettre le cinéma d’une manière décomplexée, en s’affranchissant des règles du cinéma traditionnel et en faisant avec les moyens du bord. Et ainsi proposer une pratique artistique et citoyenne des nouvelles technologies à notre disposition.
Sur ces terrains, je pourrai tester des méthodes pédagogiques et des supports de création collaboratifs ainsi que proposer différents systèmes de diffusion du film. Pour cela, je vais continuer à proposer des ateliers et divers supports de médiations, comme des cartes mentales géantes et collaboratives, du storyboard collectif, des tutoriels participatifs…
Avec ces usagers, nous allons expérimenter le cinéma, jouer avec, nous l’approprier, construire et porter ensemble leurs discours militants, leurs visions du monde et leurs voix.

 

 

Vidéos réalisées après mes deux premiers ateliers à la Station. Je les réalisent afin de communiquer sur les prochains ateliers mais aussi pour garder une trace de chacun de ces ateliers.

 


suite…