Pour quels militants ?

Dans l’idéal, mon projet pourrait permettre à tous, qu’il se reconnaisse ou non comme militant, de réaliser des films qui portent un certain regard sur la société. Il pourrait même permettre à quelques personnes de se découvrir une âme de militant. Cela reste une utopie. Pour l’instant, pour éviter de « formater » la production de films par ces amateurs-militants, je me suis concentrée sur des terrains et des usagers précis.
Afin de mener mes recherches et mon projet, j’ai pu entrer en contact avec différents acteurs. J’ai d’abord participé à divers événements autour du cinéma comme le festival Chacun Son Court, une projection-débat au Shadok ou encore un atelier Pocket Film. J’ai aussi pu m’entretenir à deux reprises avec Benoît Labourdette. Ensuite, j’ai mené des ateliers avec le service périscolaire de Strasbourg Eurométropole et la Station. J’ai aussi rencontré les responsables de la Maison du Jeune Citoyen de Schiltigheim avec qui nous avons envisagé de poursuivre ce projet en janvier 2019.
Ainsi je peux développer ma réflexion et mon projet avec différents publics plus ou moins militants. Avec le périscolaire, je travaille avec un public « non-initié ». Il est intéressant de définir de quoi il s’agit avec eux et de les amener vers une forme de militantisme.
Le périscolaire est le terrain d’expérimentation de mon laboratoire de recherche, le Labo Cultur’elles. Nous intervenons sur trois écoles primaires : Karine à Hautepierre, qui met en pratique la pédagogie Freinet ; Guynemer au Neuhof qui accueille un public défavorisé, avec certains enfants « en retard » dans l’apprentissage de la langue, mais aussi moteur * ; et Schoepflin en centre-ville qui accueille un public plus privilégié ainsi que des enfants précoces. Il est intéressant de tester avec différents types de population et de voir comment se développe une pensée citoyenne à ces âges, entre 6 et 10 ans, au cours des ateliers. Je pourrai aussi tester des principes et des ateliers afin de voir s’il est possible de les amener vers le militantisme.

 

 

 

Photographies des ateliers du 19 et 26 janvier 2018 à Guynemer, prises avec mon smartphone.

 

En ce qui concerne la Station, le centre se revendique comme militant. L’une de leurs missions est de lutter contre les discriminations à l’encontre des personnes LGBTI et  promouvoir l’égalité des droits. C’est le seul centre LGBTI d’Alsace qui bénéficie d’un local et donc d’une visibilité publique. C’est un espace de non-jugement. Afin de pouvoir militer, la Station attire les gens, de la communauté LGBTI ou non, et cherche à les rassembler autour d’événements ainsi que dans un lieu. Ils cherchent un équilibre entre ce désir de visibilité et de confidentialité. Si les bénévoles se reconnaissent, plus ou moins selon les personnes, comme militants, cette notion peut-être plus floue pour les adhérents. D’ailleurs, Muriel se questionne sur le militantisme. Pour elle, il se manifeste plus lors du mois des Visibilités. Mais nous discutons sur le fait que militer peut apparaître dans la vie de la Station, et pas uniquement pendant la Marche des Visibilités. En rencontrant un adhérent cinéaste d’origine russe, Léo, j’ai pu me rendre compte que le militantisme n’est pas toujours voulu. Il a réalisé un court métrage mettant en scène un personnage lesbien. La Russie, qui condamne l’homosexualité, a censuré son film, l’interdisant aux moins de 18 ans, alors qu’il ne s’y passe rien de particulièrement choquant. C’est en étant censuré une première fois que Léo a politisé son travail. Cette anecdote montre l’importance du contexte autour du film, qui peut lui donner une teneur politique, ainsi film et société sont étroitement liés.

 

 

Photographie à l’extérieure et à l’intérieur de la médiathèque, prise avec mon smartphone pendant mon stage en février et mars 2018.

 

Enfin, j’ai rencontré les responsables de la Maison des Jeunes Citoyens de Schiltigheim, qui travaillent déjà avec l’In Situ Lab. La MJC est ouverte à toutes les actions qui pourraient inciter les enfants à se questionner et à agir sur la citoyenneté. Certains enfants sont engagés et sont élus aux conseils des enfants ou des jeunes. Ils luttent pour la reconnaissance de leurs droits. Certains sont moins engagés. Même s’il va être complexe d’expérimenter cette année avec la MJC, nous avons évoqué ensemble la poursuite du projet en janvier 2019 avec des ateliers participatifs à l’occasion d’un anniversaire symbolique pour la MJC. Ces ateliers proposeraient à des enfants moins engagés de s’exprimer par rapport à la citoyenneté, mais aussi sur les causes qu’ils aimeraient défendre, ou leur permettraient de s’exprimer sur le monde qui les entoure.

 

Photographie extérieure de la MJC, tirée du site de la ville de Schiltigheim. Photographie : non crédité.

 

Qu’il s’agisse de la Station, de la Maison de Jeune Citoyen ou du périscolaire, il est important de cerner les composantes qui vont permettre de développer le projet. Définir les messages à diffuser, choisir s’ils s’expriment de manière collective ou plus individuelle, inventorier leurs moyens et surtout les accompagner dans une pratique qui corresponde autant à leurs besoins qu’à leurs envies. Le projet pourrait aussi permettre aux usagers de partager leur point de vue sur la société et leur donner les outils pour impulser une expression engagée.

 


suite…