Les contraintes des militants et l’utilisation de la vidéo aujourd’hui.

Le cinéma militant et les mouvements contestataires en général ont toujours eu une forme de spontanéité, fait dans le feu de l’action ou sur des laps de temps très courts. Le temps où il fallait développer, découper et recoller les pellicules pour pouvoir, enfin, diffuser un film est révolu. Des fonctionnalités ou des applications, comme Facebook Live, permettent de diffuser de la vidéo en direct. Avec Snapchat ou Instagram, il est possible de partager de très courtes vidéos en instantané.
Ces nouvelles technologies offrent de nouveaux moyens de militer. Avec les réseaux sociaux, certains mouvements ont pu gagner en visibilité, comme les Femen. Ces dernières jouent avec leurs images et multiplient leurs apparitions dans divers médias : télévision, Facebook, vidéos, Youtube, Instagram… Certaines de leurs vidéos montrent leurs actions en quasi direct. D’autres font office de manifeste afin de transmettre leurs valeurs. Certaines sont plus ou moins travaillées en amont, voire scénarisées comme How to become a Femen sextremist – Lesson 1.

 

THE RIAHI BROTHERS & FEMEN, How to become a Femen sextremist – Lesson 1, Everyday Rebellion, 2013, Golden Girls Filmproduktion & Filmservices et Mira Film.

 

FEMEN, photographie d’une manifestation.

 

FEMEN, Sweets or Impeachment, 2017, photographie d’une performance.

 

Ces technologies permettent de diffuser rapidement. Cela dit, être trop rapide peut devenir néfaste. Dans le feu de l’action, le message peut être déformé, mal traité. Nous ne prenons plus autant de recul sur les images diffusées. Mais c’est aussi les exigences de diffusion actuelles : que ce soit rapide, impactant et court. Nous sommes tellement assaillis d’informations que les contenus doivent immédiatement toucher nos émotions, même si ces dernières sont négatives.
Par exemple, Le Topo aborde l’Hashtivisme, une nouvelle manière de s’indigner et de militer par les réseaux sociaux. Il prend l’exemple du hashtag #MeToo, moi aussi, qui a contribué à briser le silence sur le harcèlement sexuel avec l’affaire Harvey Weinstein. Cette nouvelle pratique joue sur les émotions et de plus en plus sur l’indignation. Elle démontre qu’une indignation collective, même virtuelle, peut changer les choses. Cependant, certains hashtags ou autres informations ne sont pas aussi relayés ou n’ont pas le même impact que #MeToo même s’ils traitent aussi de sujets graves comme le #Bringbackourgirls. Cette pratique est ambiguë, même si elle permet de changer la société, elle offre aux relayeurs un sentiment d’exister, d’être importants. Elle entraîne aussi une « industrialisation de l’indignation ». Nous likons, nous retweettons diverses causes, sans réellement nous engager pour celles-ci. Notre implication est minime. Nous devenons incapables de distinguer « le désagréable » de « l’abominable » et cela bouleverse notre perception de l’échelle de gravité des causes ou événements soutenus. De plus, le développement des FakeNews, qui provoquent notre indignation, nous détourne des vraies informations et des actes.
Ces technologies offrent d’autres manières de diffusion et de réception d’un film. Par exemple, pour le projet À vos actes, prêts ? Libertés !, les jeunes et Michel Cordina ont opté pour un support de narration non linéaire.

 

 

À vos actes, prêts ? Liberté !, web documentaire participatif sous la coordination de Michel Cordina, images du site.

 

La lecture du documentaire est laissée au choix du spectateur qui devient alors acteur dans la réception du film. Les jeunes ont également varié les formats de contenu, en passant de portraits filmés à des photos, de la musique ou des textes. En s’appropriant les possibilités de diffusion, ils ont bouleversé les codes du cinéma et du documentaire.
Entre grande liberté, instantanéité et sensationnel, les militants d’aujourd’hui doivent jongler entre leur désir d’être visibles, entendus et compris et la multitude des informations qu’ils ont la possibilité de diffuser. Mon projet a pour but de les accompagner dans l’élaboration de leur discours et dans la diffusion, pour éviter certains travers des réseaux sociaux et des vidéos prises sur le vif.

 


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