À la rencontre de l’éducation à l’image.

Analyse de Terrains – Ateliers cinéma et pédagogie

 

Pourquoi ces terrains ?

Les technologies ont évolué, mais avons-nous accompagné ses nouvelles pratiques ? Afin d’alimenter mon projet, je me suis intéressée particulièrement à une pratique amateur appeler Pocket Film, qui consiste à réaliser des films avec son téléphone portable. Cette pratique et cette dénomination sont mises en avant sous l’impulsion de Benoît Labourdette qui a lancé en 2005 un festival Pocket Film.

 

Terrains d’enquêtes et méthodes.

Observation participante –
Cycle d’ateliers Pocket Film proposé par le Shadok, avec un premier le 8 décembre à destination d’éducateurs spécialisés et dans l’optique qu’ils mènent par la suite ce genre d’atelier dans leur travail. Puis un second sur le week-end du 9 et 10 décembre 2017 pour le grand public, ouvert à partir de 13 ans. L’intervenant encadrant est Laurent Antonczak, l’atelier est organisé par Alsace Cinémas.
Je me suis principalement concentrée sur cet événement afin d’acquérir des bases dans la pratique du Pocket Film afin de les réinvestir dans mon projet, auprès de mon public. Cela m’a aussi permis de comprendre ce qui est transmis au cours de ce type d’atelier et de voir comment s’effectue cette transmission. Commencer par expérimenter et apprendre soi-même pour ensuite le transmettre aux autres est une étape qui me paraît capitale. Cela m’a aussi permis de voir quels types de postures je pourrais adopter dans mes futurs ateliers en tant qu’intervenante.

Participation à l’événement –
Heroic Makers versus Heroic Land – Projection/Discussion à propos du documentaire d’Isabelle Arvers sur les migrants de la jungle de Calais. Il s’agit en fait d’un débat-conférence sur les nouvelles formes du documentaire. Il prend place au Shadok le 2 décembre 2017.
J’espérais pouvoir m’entretenir avec Isabelle Arvers après la projection. Malheureusement, elle n’a pas pu y assister. J’avoue être venue à reculons, pensant perdre mon temps. Cet événement m’a permis de découvrir différentes productions militantes, ici spécifiquement des documentaires, ainsi que des formes de narrations non-linéaires qui impliquent le spectateur en le rendant acteur, par le choix du récit. J’ai aussi pu découvrir le travail de Michel Cordina mené avec les jeunes de la Maison des Jeunes Citoyens de Schiltigheim sur l’année 2016-2017 avec le projet À vos actes, prêts ? Libertés!. Il s’agit d’un web documentaire réalisé de A à Z avec les jeunes sur la liberté d’expression.

Entretien –
Entretien avec Benoît Labourdette, réalisateur, théoricien et médiateur culturel, effectué par téléphone le 10 décembre 2017, à la sortie de l’atelier Pocket Film avec Laurent Antonczak.
Cet entretien m’a permis d’avoir un deuxième regard sur la pratique du Pocket Film et sur la manière de mener les ateliers. Grâce à cet entretien j’ai pu compléter mon approche pédagogique en la croisant avec celle apportée par L. Antonczak. De plus, parler avec l’instigateur de cette pratique m’a permis d’en comprendre la genèse. Avoir un deuxième point de vue permet aussi d’identifier les différents moyens de transmettre une pratique du cinéma.

 

1/ Atelier Pocket Film : découverte d’une pratique cinématographique amateur.

 

Image de couverture pour l’atelier Pocket Film, Le Shadok. Photographie : non créditée.

 

Qu’est-ce qu’un atelier Pocket Film ?
Pocket Film est à la base le nom d’un festival créé par Benoît Labourdette en 2005 dans un contexte particulier (dans le cadre du Forum des Images et la participation financière d’un opérateur téléphonique). C’est ensuite devenu un terme utilisé pour désigner le fait de réaliser un film avec son téléphone. L’intervenant pour cet atelier, Laurent Antonczak, est enseignant en multimédia, graphiste, spécialisé dans les pratiques des nouvelles technologies. Il a déjà mené un certain nombre d’ateliers Pocket Film. Il est originaire de France mais vie en Nouvelle-Zélande. Il met souvent en avant les différences culturelles entre France et Nouvelle-Zélande, et notamment sur les nouvelles pratiques des technologies de communication qui sont plus développées en Nouvelle-Zélande. Participer à un tel atelier me permet de pouvoir expérimenter et apprendre les principes d’une pratique que je connais très mal.
À ce moment là, je n’avais pas encore de smartphone et je n’avais jamais pu expérimenter de filmer avec mon téléphone. J’appréhendais de ne pas pouvoir profiter pleinement de l’atelier à cause de mon téléphone qui n’était pas adapté car trop ancien.

Qui participe ?
Ici, je parle uniquement de mon expérience au cours de cet atelier Pocket Film. L’âge des participants est assez varié entre 13 et 50 ans. Il y a cependant une majorité de personnes entre 20 et 30 ans. Il y a aussi deux adolescents de 12 ou 13 ans, un garçon et une fille. Je suis aussi surprise qu’il y ait autant de femmes. Il y a uniquement deux hommes, Martin, journaliste sur le site Pokaa, et Fabrice, ancien élève de Laurent, venu pour l’assister pendant l’atelier. Nous sommes une quinzaine de participants. Certains semblent ne pas être des visiteurs réguliers du Shadok mais d’autres, comme Céline qui va y mener un atelier d’écriture, connaissent le lieu. Quelques personnes sont graphistes ou étudiants dans le monde de l’art, et s’intéressent à la création vidéo. Certaines sont journalistes et s’intéressent au MoJo (Mobile Journalism) pour l’appliquer dans leur travail. Certains viennent pour apprendre à communiquer par la suite, pour leur commerce ou pour leur association. Enfin, les adolescents viennent dans un but plus récréatifs. Ils sont d’ailleurs très motivés tout au long de l’atelier.
La plupart des participants ont leur téléphone, certains leur ordinateur (notamment le deuxième jour ou quasiment la moitié des participants amènent leur ordinateur portable). Personne n’a amené de caméra d’aucun type, des semi-pros ou de plus ancienne comme des super 8. L. Antonczak laisse des batteries ainsi que des tablettes, empruntées au Shadok, à disposition.
Certains participants, comme Céline 38 ans, viennent avec une idée en tête, pas encore tout à fait un scénario, ou une raison pour créer un film. D’autres viennent clairement dans le but d’expérimenter et pour apprendre les « techniques » de Pocket fFlm.

Les images amateurs.
L. Antonczak fait un court récapitulatif des vidéos les plus consultées sur YouTube par tranche d’âge en mettant en avant des tendances comme les tutoriels « How to », les Unboxing ou encore les Haul. Il part de cela pour nous présenter les nouveaux types de contenus amateurs et pour introduire son propos : nous pouvons tous faire des films mais pour sortir du lot, il faut savoir filmer et se servir de ses outils de captation. C’est une chose importante de donner aussi des exemples de ce qu’est le film amateur de nos jours, qui ne correspond plus vraiment au temps du super 8 ou des caméscopes.

Les nouveaux outils et leurs pratiques.
L’existence de ce type d’atelier témoigne du fait qu’il ne suffit pas d’avoir uniquement l’outil, ici le téléphone portable, il faut aussi savoir s’en servir. L. Antonczak insiste sur le fait de connaître sa machine, ce qui n’est possible qu’en pratiquant ! C’est en connaissant sa machine que nous connaîtrons ses possibilité et qu’il sera possible de réaliser des projets en toute connaissance de ses moyens. Il explique que le téléphone reste un outil de travail, un outil de test, surtout dans un processus aussi long que la création d’un film. Ainsi, le smartphone permet de faire des rushs facilement et rapidement. Pour B. Labourdette , ces ateliers sont une manière d’accompagner l’évolution technique, accessible au grand public. La technique peut alors devenir un support d’expression et de pratique artistique.
Pour commencer l’atelier, L. Antonczak précise, après l’explication de ma présence à l’atelier, que nous sommes exactement dans un contexte amateur, voire « d’amateur + ». Ici, l’amateur et son matériel sont non professionnel, mais l’outil de l’amateur permet d’obtenir des images de bonne qualité. Mais il faut accompagner l’amateur dans sa pratique pour qu’il puisse évoluer et créer par lui-même.

 

2 / Le choix de ce qui est transmis : focus sur les principes de production.

Que transmettre ?
Dès le début L. Antonczak est clair : cet atelier a pour but d’apprendre les principes de production d’un film ainsi qu’à mieux se servir de son téléphone. Pour cet atelier, il parle de très court métrage, de 2 minutes à 1 minute 30 voire 1 minute. La vidéo doit être accrocheuse. Il commence en insistant sur le fait que pratiquer est le plus important, et qu’il faut aussi savoir « bidouiller ». L. Antonczak revient ensuite au déroulé de l’atelier : le 09/12 au matin, nous travaillons la prise de son et la prise en main du téléphone. L’après-midi : la pratique et l’histoire, le scénario. Ensuite le 10/12, la réalisation des images pour faire le montage et ensuite le visionnage dans l’après-midi. Le dimanche 10, nous prévoyons de manger tous ensemble à midi dans un moment convivial.

La prise en main.
L. Antonczak se concentre vraiment sur des aspects très techniques au cours de l’atelier. Il parle de la prise en main du téléphone, comment avoir une image stable, comment prendre du son, comment cadrer un sujet, comment faire quelques effets maison, comment tenir le téléphone… Il illustre quasiment tous ses propos par une démonstration. Cela donne lieu à un catalogue de postures que je peux réutiliser dans mon projet et augmenter pour correspondre aux besoins de mon terrain. Son approche est différente de celle de B. Labourdette pour qui ce n’est pas temps la maîtrise de la technique qui compte mais « pour qui, pour quoi je vais faire un film ».

Croquis réalisés pendant l’atelier Pocket Film.

Des principes généraux.
L. Antonczak aborde aussi des terrains moins techniques mais en donnant uniquement des méthodologies globales, qui appartiennent aux modes de production du cinéma professionnel. Ainsi pour l’écriture d’un scénario, il n’aborde que très succinctement ce sujet et donne que des méthodes très ouvertes comme The Hero’s Journey d’après les théories de Joseph Campbell ou la pyramide de Freytag. Il faut dire qu’au début de l’atelier, nous avons constaté que chacun avait des envies différentes : film documentaire, film promotionnel, film artistique, MoJo (mobile journalism)… L. Antonczak a généralisé afin que chacun s’y retrouve.
Me focaliser sur un terrain par la suite va me permettre de proposer des principes et des outils pédagogiques plus proche des besoins de mes usagers. D’un autre côté, il rappelle que faire un film demande de la préparation, « ça se prépare, ça ne s’invente pas », et que cette préparation passe par l’écriture.

 

Schéma de la Freytag Pyramid. Laurent nous a montré ce schéma pendant l’atelier pour nous expliquer la dynamique d’un film.

 

3/ Théorie et pratique.

Cours magistral.
Durant la première partie du samedi, l’atelier se fait majoritairement dans le mode cours magistral. L. Antonczak est en face de nous, dans la petite salle de réunion du Shadok, et nous sommes tous assis autour de lui à une table. La disposition de la salle donne déjà une ambiance scolaire qui me fait penser que nous n’aurons que du cours « théorique ». Cela accentue la hiérarchie entre l’intervenant et les participants, qui se trouve dans la position du maître face aux élèves qui peut être contre productive. Cependant, la posture de L. Antonczak, sa bonhomie, son humour, sa manière de parler et de nous inclure le plus possible dans son discours en nous faisant participer contrebalance cette première impression. Il me semble important de faire attention à la configuration de la salle dans mes futurs ateliers pour ne pas tomber dans cette dynamique scolaire maître/élève qui peut être rebutante.

 

Croquis de la disposition lors de l’atelier Pocket Film.

 

Importance de l’exemple.
Durant l’atelier, L. Antonczak fait beaucoup de démonstrations : il illustre les principes qu’il nous explique, fait les gestes pour la prise en main…Cette manière imagée d’expliquer fonctionne bien et permet d’avoir immédiatement un exemple visuel (posture, mouvement, manipulation…) rattaché à une explication. Personnellement, je trouve cela plus facile à retenir. De plus, il montre beaucoup de films réalisés soit avec ses étudiants en design, soit au cours d’autres ateliers, soit par lui-même ou plus ponctuellement par d’autres professionnels. Montrer ce qu’il est possible de faire permet de stimuler la créativité et surtout d’éviter certains blocages. J’ai pu constater l’importance de l’exemple pour mon premier atelier à Guynemer, une école élémentaire du quartier de Neuhof à Strasbourg, atelier effectué pendant le service périscolaire de la pause de midi, qui consistait à raconter une histoire sur son quartier avec des illustrations. En participant avec les enfants à l’atelier, Laury, une de mes collègues étudiantes, a proposé un exemple de ce qu’il était possible de raconter et cela à débloquer certains enfants. Avoir une base mais aussi ne pas être le premier à faire apporte une forme de confort aux participants.

 

Shadok atelier Pocket Film, Pokaa, 2017. Photographie : M. Lelièvre.

 

Pratiquer pour apprendre.
L’atelier Pocket Film se découpe en temps théorique, dans un format de « cours » magistral, avec une démonstration, et des exercices pratiques. Dans ce déroulement, je retrouve un schéma scolaire, cours puis application, assez efficace mais à ajuster selon mon terrain et ses usagers. L’atelier est régulièrement ponctué d’exercices pratiques : deux le samedi et quasiment toute la journée du dimanche.
Ces exercices m’ont permis de mieux assimiler les principes montrer par L. Antonczak et B. Labourdette insistent sur l’importance de faire. D’ailleurs son premier conseil est d’expérimenter d’abord, de tester des choses. Pratiquer permet de mieux connaître les capacités de son outil, mais aussi prendre confiance et de réaliser des films de plus en plus complexes. Je constate que cette pratique est aussi ce qui me manque actuellement. C’est un moyen de s’améliorer et de proposer des films de mieux en mieux filmer et de plus en plus réfléchis. Cela permet aussi de jouer avec les principes de cadrage, plan… Il est important d’accepter le test/erreur pour un apprentissage épanouissant.

 

4/ Entre une pratique collective et individuelle.

Temps d’apprentissage.
Comme dit auparavant, avant de passer à la pratique, nous avons un temps de cours. Nous somme tous ensemble, comme une classe face à un professeur. Cependant, nous communiquons assez peu entre nous. J’imagine que cela est dû au fait que personne ne se connaisse. Nous échangeons plus avec l’intervenant. Mais au fur et mesure de l’atelier nous nous sentons plus à l’aise les uns avec les autres, notamment grâce au repas. Mais pendant le temps « cours », nous somme surtout dans l’écoute de l’intervenant que dans l’échange entre nous.

Temps de projet.
Le temps de prise de vue, hormis l’exercice du portrait en binôme, se fait seul. L’intervenant circule pour nous aider ou il vient à la demande des participants. Dans ce groupe de travail, tout le monde choisit de faire un projet personnel. La plupart des personnes ont tourné des rushs le samedi soir pour le dimanche et se consacrent au montage le dimanche. Comme j’étais dans une période de stress avec les rendus d’avant les vacances, je n’avais pas eu la tête à tourner la veille ou à réfléchir à un projet. J’avoue que faire cette étape seule m’a bloqué. Mais comme il n’y avait pas de gros enjeux, seulement celui de pouvoir montrer une courte vidéo à la fin de la journée, j’ai choisi de faire une vidéos plus expérimentale . C’était surtout une occasion d’appliquer les principes appris la veille.
Je pense que construire un projet ensemble aurait pu aussi enlever une certaine pression et faire émerger des idées pour les personnes bloquées comme moi. Les projets sont menés différemment par B. Labourdette et Michel Cordina, réalisateur, monteur et intervenant à la MJC de Schiltigheim. Le projet est collectif, il est mené ensemble et chacun l’enrichi tout en ayant son mot à dire. C’est aussi un choix à faire dans ce qui est produit : un travail collectif ou plus individuel. Mais il semble que le groupe peut permettre d’aller loin, comme le montre le projet de web documentaire de M. Cordina, tout en laissant un espace d’expression pour chacun. Pour mes ateliers, je vais expérimenter les deux approches. Cependant les milieux militants semblent faire primer le collectif, il serait donc intéressant de partir vers des pratiques collectives.

 

Film réalisé lors de l’atelier avec une tablette prêtée par le Shadok.

 

Temps de visionnage.
L’un des temps important est le temps de visionnage. Ceci est ressorti autant pendant l’atelier que pendant l’entretien avec B. Labourdette que pendant la projection/discussion. Visionner ensemble puis discuter des films, mettre en avant certains points techniques, leurs qualités et ce qui serait intéressant de pousser…tout cela devant le groupe avec le même traitement pour chaque film, permet aussi de prendre confiance en ses capacités. Pas de jugement, pas de critiques gratuites, L. Antonczak et B. Labourdette insistent sur le fait qu’il faut avant tout mettre en avant les qualités du film pour ne pas décourager les débutants. Même s’il ne s’agit que d’une première ébauche, il est important de rendre compte, et de se rendre compte, de ce que nous avons pu produire dans les temps impartis. C’est aussi un moment convivial et inspirant, même si cela reste intimidant de montrer un projet personnel aux autres.

 

5/ Pourquoi faire un film : les divergences de points de vue.

J’ai pu constater que L. Antonczak et B. Labourdette n’avaient pas la même manière d’envisager un atelier Pocket Film. B. Labourdette donne des contraintes plus précises, il propose de « créer quelque chose ». Ce n’est pas temps la maîtrise de la technique qui compte, mais « pour qui, pour quoi je vais faire un film ? ». Pour lui, l’objectif d’un film est d’être montrer, la projection est la finalité d’un film. Il est important de montrer ou d’avoir un petit quelque chose de terminer à montrer à chaque séance.
L. Antonczak partage son avis sur l’importance de montrer mais ne semble pas l’envisager comme une finalité. La manière de transmettre de L. Antonczak se base vraiment sur des principes de production, des aspects très techniques, qui sont aussi bon à savoir mais qui ne touche pas temps la création. Le film semble devoir être uniquement accrocheur mais il ne parle pas tant de sa finalité. Le but semble juste de réaliser un contenu vidéo et de le diffuser ensuite sur les réseaux sociaux. Ce flou s’est ressenti au moment de nous guider dans les projets personnels. J’ai l’impression que pour lui le film est aussi bien commercial qu’un moyen de s’exprimer qu’un outil de travail. Cerner un but précis peut être un moyen de guider les amateurs et de ne pas les laisser dans le flou quant à la raison de filmer.

 

6/ La posture de l’enseignant.

J’ai pu voir et recueillir différentes postures chez les intervenants durant les ateliers de pratiques cinématographiques. Dans un premier temps celle de L. Antonczak qui, malgré un déroulé et une configuration dans l’espace très scolaire, arrive à contrebalancer cet aspect dans sa bonne humeur, sa facilité à faire intervenir les gens, à parler avec eux et à être chaleureux. Il est surtout dans le positif, il cherche à encourager, à pousser les personnes à aller plus loin. Je retrouve aussi cela dans la démarche de B. Labourdette qui insiste sur le fait de toujours parler du positif du film. Mais il insiste aussi sur le fait « qu’ il faut travailler à être à l’écoute des gens », l’important est de ne pas imposer et d’adapter la méthode pédagogique. Il m’a clairement fait comprendre qu’il fallait aussi qu’en tant que médiatrice je m’approprie les méthodes pédagogiques qu’il propose. J’ai aussi eu un bref retour lors de la projection/discussion de l’approche de M. Cordina qui avait l’air d’avoir du mal à déléguer son rôle de réalisateur aux jeunes. Durant la projection, il disait « ça c’est eux qui l’ont fait », il parlait du fait qu’il a dû les laisser tout faire… En même temps, il y avait une ambiguïté entre la fierté de voir le projet fini avec ces jeunes, qu’il soit aussi riche et construit, mais aussi des choix artistiques qu’il semblait avoir du mal à assumer et qu’il mettait sur le compte des jeunes. Paradoxalement, ce projet semble lui avoir vraiment plu et surtout apporter une expérience nouvelle en tant que médiateur. Être au même niveau que les personnes avec qui je vais travailler pourra gommer cette ambiguïté et cette hiérarchie entre maître et élève, amateur et professionnel. Je peux piocher dans ces différentes postures pour adapter la mienne par la suite.

 

Vers un cinéma militant avec les amateurs.

Et pour le projet ?
Participer à ces événements m’a permis d’engranger des principes pédagogiques qu’il me semble important de réinvestir dans mes futurs ateliers, sur différents terrains. J’ai aussi pu expérimenter les outils avec lesquels je souhaite travailler, les smartphones, et commencer à filmer de mon côté. Voir aussi les différentes postures de l’intervenant me donne des modèles mais aussi des contre-exemples afin de trouver ma posture à adopter pour cette transmission d’une pratique du cinéma. Pour l’instant ce qui me manque, c’est l’approche militante. En rencontrant les acteurs de mes terrains d’ancrages possibles, je vais pouvoir dégager des besoins et des contraintes  autour desquels je pourrais construire des outils adaptés mais aussi adapter les méthodes pédagogiques. Participer à la projection débat m’a permis de voir ce qui existe en terme de cinéma militant et de projet co-construit avec les militants et les professionnels.
Cela m’a fait connaître les nouvelles formes du documentaire. Ces formes cherchent à impliquer les acteurs, les militants, ou encore les spectateurs en utilisant des médias non-linéaires : le web documentaire, le transmédia. Cette rencontre a aussi dégagé l’importance de développer des expressions citoyennes hors des médias traditionnels. Isabelle Arvers raconte d’ailleurs avoir commencé son projet pour permettre aux migrants de donner une image différente de la jungle de Calais que celle véhiculée par les médias.

 


suite…