Les outils de la transmission du cinéma au cours de l’histoire.

Le cinéma est à l’origine un outil de transmission. Grâce au procédé mis au point par les frères Lumières, il est alors possible de montrer des images des quatre coins du monde, capturées par les opérateurs.
Le cinématographe, ce dispositif technologique, permet de tourner et de projeter les images capturées avec un seul appareil.

 

Le Cinématographe des frères Lumière, du site Institut Lumière.org.
Gravure de la première présentation du cinématographe de Louis et Auguste Lumière le 22 mars 1895.

 

La technique, ainsi que la pratique, du cinéma en elle-même a aussi fait l’objet de la création d’outils de transmission, notamment à travers tous les jouets et jeux optiques pour expliquer le principe des images en mouvement. Dans ces jouets, nous retrouvons les zootropes ou les folioscopes, flipbook en anglais, qui sont composés d’une série d’images, qui, regardées à grande vitesse, donnent l’impression d’un mouvement et permettent de comprendre le fonctionnement de la caméra. C’est d’ailleurs le constat d’une étudiante en cinéma à l’Université de Strasbourg, Anna, qui déclare : « ça revient tout le temps » en parlant des zootropes et des folioscopes.

 

Un zootrope fait maison, image issue du blog Porij’s.

 

Les revues sur les méthodes pour réaliser des films se développent en parallèle de la création de caméras “grand public” par les industriels comme Kodak, créateur du fameux Super 8 . Les années 1930 voient l’explosion des revues spécialisées (le n° 0 de la revue Ciné Amateur paraît en décembre 1930, Le Cinéma Privé, Cinéma pour tous) et des ouvrages de vulgarisation, écrits soit par des membres de ciné-clubs, soit par des réalisateurs.

 

Couverture de la revue Ciné Amateur numéro 226 de mai 1958, image issue du site Le-livre.com

 

La transmission de la pratique, notamment pour les non professionnels, se calque historiquement sur les évolutions commerciales et techniques de cet art. Puisque des caméras ont pu être vendues au grand public, des contenus ont été créés pour accompagner leur utilisation par le grand public. De nos jours, il existe encore divers ouvrages indépendants comme des livres, des magazines, des sites internet ou encore des chaînes YouTube de vulgarisation et de tutoriels pour apprendre à faire du cinéma. De plus, avec internet, les connaissances sont, théoriquement, accessibles à tous.
Il se trouve que cette démarche, d’apprendre à comprendre et à faire du cinéma s’inscrit dans l’éducation à l’image. Mais qu’est-ce que l’éducation à l’image ?
Elle est née dans les années 80, dans le courant de la pensée sémiologique, dans le but d’ »éclairer les spectateurs ». C’est un dispositif gouvernemental qui propose des actions afin d’apprendre à décrypter et à appréhender les images, il est soutenu et mis en place par des ministères, comme celui de la Culture ou de l’Éducation, ou des organismes comme le CNC. Cette démarche s’inscrit dans une politique de démocratisation de la culture, afin de la rendre accessible à tous, ainsi que pour développer l’esprit critique des citoyens. Des dispositifs comme Passeurs d’Images, un dispositif national, ont vu le jour.

 

Photographie de Passeurs d’Images 2017.

 

Celui-ci propose divers formats d’actions éducatives : des diffusions et analyses de films, des séances suivies de rencontre ou de débat, et ce qui m’intéresse particulièrement, des ateliers d’initiation au cinéma. Cependant, ce dispositif est très ciblé : soit il s’oriente vers un public scolaire ou « jeune », d’enfants et d’adolescents hors temps scolaire, en partenariat avec l’éducation nationale. Soit il s’adresse à un public adulte, mais dans des situations d’exclusion, comme dans les prisons ou les maisons de retraite. Pour les autres adultes, les actions s’adressent à des personnes averties ou déjà curieuses de connaître le cinéma, pour leur loisir ou leur travail. Ce genre d’atelier peut prendre place dans des lieux-outils ou des lieux culturels comme le Shadok de Strasbourg, qui propose des ateliers d’écriture ou d’initiation à certaines techniques du cinéma, comme le stop motion. Ils ont souvent lieu dans des médiathèques, des centres socioculturels ou sur les temps périscolaires, encadrés par des associations, des animateurs et des professionnels du cinéma.
Les amateurs auxquels je m’intéresse, militants ou militants en devenir, n’ont pas nécessairement accès à ce type de dispositif, ou alors n’y vont pas d’eux-mêmes. Comme l’a expliqué Benoît Labourdette nous ne sommes plus uniquement spectateurs, nous sommes aussi acteurs, d’où l’émergence de plus en plus de contenus concernant la pratique du cinéma et des images *. Comme nous sommes désormais « acteurs », ma réflexion s’axe spécifiquement sur ce que nous pouvons proposer et créer comme images, comment pouvons-nous « acter » en tant que citoyens.

 


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